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La masturbation, le plaisir solitaire, se découvre à la puberté et peut parfois interroger voire faire peur. Éclairage avec Marc-Henri Dupont, interne des Hôpitaux de Paris, actuellement en troisième année de chirurgie urologique.

Quel effet a la masturbation sur notre corps ? Sur l’urètre ou les testicules ?

Marc-Henri Dupont : « Il n’y a pas un, mais plusieurs effets de la masturbation masculine, qui sont liés au mécanisme éjaculatoire. La prostate et les canaux déférents (canaux qui relient les testicules à la prostate) se contractent, envoient le sperme à travers la verge (le pénis) qui, à son tour, se durcit un peu plus. À partir de ce moment-là, l’éjaculation est inévitable, c’est le point de non-retour. Ensuite, un dixième de seconde plus tard, l’un des muscles du périnée (situé entre l’anus et le scrotum) se compresse par différentes secousses. Provoquant l’expulsion du sperme par à-coups, et participant à l’orgasme. Il n’y a pas de différence propre entre la masturbation et un rapport sexuel, pour ton corps, c’est la même chose. C’est le même fonctionnement, mais pas le même objet qui stimule. »

Est-il vrai que se masturber souvent réduit le risque de cancer de la prostate ?

« Le consensus médical sur la question a été remis en cause il y a peu. Jusqu’à présent, plusieurs études et enquêtes menées démontraient que, le seul facteur protecteur du cancer de la prostate était d’avoir au moins 21 éjaculations par mois. Cependant, en 2018, une étude chinoise a dit exactement le contraire, affirmant que le risque de cancer augmentait si l’homme éjaculait plus de quatre fois par semaine. Toutefois, l’étude démontre également que les facteurs aggravants sont le nombre de partenaires sexuels et l’âge du premier rapport. Autrement dit, plus vous couchez jeune et plus vous avez de partenaires différents, plus votre risque de développer un cancer de la prostate augmente. Rappelons tout de même qu’il n’apparaît en général qu’après 50 ans. »

A contrario, la masturbation compulsive peut-elle avoir des effets négatifs sur les parties génitales (canal urinaire, testicules, etc.) ?

« Pas particulièrement, l’accident le plus fréquent est la rupture de frein. C’est-à-dire le déchirement du prépuce si celui-ci est sollicité trop violemment. L’incident peut paraître impressionnant, vu que le prépuce possède beaucoup de vaisseaux sanguins, il y a du sang ! Il ne faut pas céder à la panique, le mieux, si cela arrive, est de prendre une compresse propre et de la maintenir sur le gland. Puis, bien sûr, de désinfecter, mais évitez l’alcool si vous ne voulez pas avoir mal. Inutile de préciser que les garçons circoncis ne risquent rien, puisqu’ils n’ont plus de prépuce… »

Certains disent même qu’elle peut rendre stérile ?

« Certains disent que ça rend sourd aussi, que ça rend aveugle. C’est comme les parents qui font croire aux enfants que si tu avales le noyau des cerises, tu auras un arbre qui pousse dans l’estomac. C’est drôle, mais entièrement faux ! »

Comment expliquer la sensation de détente, de bien-être après une éjaculation ?

« Ton cerveau, qui, je le rappelle, contrôle tout de A à Z, relâche une bonne quantité d’endorphine (que l’on appelle très justement « l’hormone du plaisir ») et d’autres hormones destinées à détendre ton corps et ton système nerveux. C’est exactement le même fonctionnement que chez nos amis les bonobos. »

Dans le même temps, est-il vrai que la masturbation peut mener à une fatigue excessive ?

« Si tu es un masturbateur compulsif, c’est-à-dire avec plus d’une dizaine d’éjaculations par jour, cela peut, au mieux, te rendre légèrement fatigué. Mais dans la plupart des cas, non, pas de grande fatigue. »

La rumeur court que la masturbation favorise l’éjaculation précoce, qu’en pensez-vous ?

« Il n’y a pas de liens entre les deux. Ou alors ce serait le cas inverse, on éjacule plus facilement si le pénis n’est jamais stimulé. De plus, il n’y a pas de notion d’éjaculation précoce quand tu te masturbes car tu es seul et ton but est juste de te donner du plaisir, il n’y a pas de rythme à respecter ou de notion de s’accorder sur l’autre. »

Cet article vous plait ? Rendez vous lundi prochain pour un coup d’œil sur la masturbation féminine.

Jean-Baptiste RAMAT