En 2017, l’affaire Weinstein a bouleversé le monde d’Hollywood. Le hashtag #MeToo a rapidement fait le tour du monde, permettant de libérer la parole sur les violences sexuelles subies par les femmes. Mais où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le 15 octobre 2017, l’actrice Alyssa Milano appelait les femmes victimes de viol à s’exprimer avec le hashtag #MeToo (Moi aussi). En plein scandale de l’affaire Weinstein, le phénomène a pris une ampleur énorme. En moins de 24 heures, le hashtag a entraîné plus de douze millions de réactions.

D’après Elisa, bénévole pour le collectif MeToo Lyon, « Cela a remis la libération de la parole des femmes au centre du débat. Les femmes ont compris qu’elles n’étaient pas seules et que les agressions sexuelles ne sont pas si rares que cela ». L’anonymat étant possible sur les réseaux sociaux, beaucoup de femmes se sont alors senties libres de partager leur histoire et leur traumatisme.

Les manifestations lancées après de gigantesques appels sur les réseaux sociaux appelaient à lutter contre les violences sexistes et sexuelles :

#MeToo descend dans les rues

À la suite ces révélations chocs sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes sont descendues dans la rue pour manifester. Des associations se créent, comme le collectif MeToo, à Lyon, qui souhaite « continuer le combat contre les violences sexuelles au-delà des réseaux ». Des rassemblements qui s’exportent avec des manifestations dans toute la France. À Bellecour, ce sont plus de 900 personnes qui se sont réunies pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.

Extérioriser son traumatisme

Après cette vague de soutien pour les femmes, le collectif MeToo organise, depuis septembre 2018, des rendez-vous individuels chaque semaine, ainsi que des groupes de parole, de trois à huit personnes tous les premiers du mois. Le but est de permettre aux femmes d’extérioriser leur traumatisme dans un cadre sécurisé. Flavie, bénévole de l’association explique à notre média : « On est là pour encadrer et proposer des analyses et des explications. Par exemple sur les conséquences traumatiques d’un viol. Les femmes doivent comprendre qu’il est normal qu’elles ne dorment pas, qu’elles font des cauchemars, qu’elles ont peur de passer dans certains endroits après une agression. Le but est que ce soit un lieu bienveillant où elles se sentent soutenues ». Les groupes de parole sont également non-mixtes et ne sont proposés qu’aux femmes, pour que celles-ci se sentent en toute sécurité.

Mais parler des violences sexuelles n’est pas le seul moyen de gérer son traumatisme. « Certaines femmes n’ont pas besoin d’en parler. Il faut ramener ça à l’unité de chaque personne. Tout le monde réagit différemment et il n’y a pas de réaction type face à une agression sexuelle. Parfois, en parler peut faire plus de mal que de bien. »

Une sororité s’est créée

Cette vague de témoignages a permis aux femmes de comprendre qu’elles n’étaient pas seules et que bien d’autres sont touchées par les violences sexuelles. « Avec le hashtag #MeToo, il y a enfin eu une tentative de création de sororité. Nous avons toujours été mises en compétition et on ne nous a pas appris à travailler ensemble ». Grâce à cette libération de la parole, les femmes ont décidé de se serrer les coudes pour un même combat.

« Il y a encore du chemin à parcourir »

Si la libération de la parole peut être importante sur les réseaux sociaux, MeToo estime « qu’il y a encore du chemin à parcourir ». Encore aujourd’hui, en France, 12 % des femmes avouent avoir été victimes de viol. Entre 5 et 10 % d’entre elles entament des procédures judiciaires mais uniquement 1 à 2 % des plaintes débouchent sur une condamnation.

Des évolutions sont également possibles au niveau social. « La libération de la parole ne touche pas tout le monde. Les personnes que nous recevons sont pour la plupart jeunes. On ne touche pas beaucoup de monde au-delà de 40 ans. C’est souvent des gens qui vivent en ville, qui ont un certain niveau de vie, une certaine éducation. Je n’ai encore jamais vu de personnes d’origines étrangères. La libération de la parole sera totale quand on pourra parler des violences sexuelles n’importe où. »

Le combat #MeToo n’est pas fini car, plus récemment, en novembre 2019, l’actrice Adèle Haenel a accusé le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement sexuel et d’attouchements alors qu’elle était âgée de douze ans à l’époque des faits. Le parquet de Paris a annoncé que le réalisateur a été placé en garde à vue ce mardi 14 janvier.

Après son annonce, Adèle Haenel a reçu le soutien de nombreuses célébrités, tels que Marion Cotillard et Jean Dujardin :

Lundi 6 janvier, le procès Weinstein s’est ouvert à New York. Deux femmes ont porté plainte contre lui pour viol et agressions sexuelles. L’ancien producteur risque la prison à vie. Pour le défendre, l’homme qui a provoqué le scandale du hashtag #MeToo a choisi d’être défendu par Donna Rotuno, opposante du mouvement féministe.

Octavien THIEBAUD