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Les jeux vidéo érotiques, ou à caractère pornographique, constituent une frange à part entière de l’industrie du jeu vidéo. Devant leur succès croissant, Marc et Justin, deux « geeks » travaillant dans la programmation, ont répondu à nos questions.  

Quelle est la part des jeux vidéo érotiques dans l’industrie du jeu vidéo ?

Marc : « On ne sait pas vraiment, mais avec l’avènement de plateformes telles que Steam, des centaines de jeux indépendants sortent tous les jours. On revient à la situation du début des années 1980, avec des jeux sans licence et parfois entièrement indépendants. Cela laisse la porte ouverte à des jeux érotiques, qui peuvent toucher un grand public grâce à Internet. En Europe cependant, le secteur des jeux de charme est toujours légèrement à la marge. Il commence, timidement, à se démocratiser aujourd’hui. »

« Steam commercialise des jeux érotiques, mais refuse catégoriquement la pornographie ! »

Justin

De quand date le concept ?

Marc : « Il est apparu dès le début du jeu vidéo, dès les premières consoles Atari, à la toute fin des années 1970. »

Justin : « Rajoutons l’explosion, à la même période, des jeux pornos sur les mini-ordinateurs. Vu qu’il n’y avait pas de licences, et peu d’éditeurs, n’importe qui légèrement débrouillard en informatique pouvait programmer son jeu. Cela s’est calmé de nos jours, Steam commercialise des jeux érotiques, mais refuse catégoriquement la pornographie ! L’entreprise filtre un maximum pour limiter l’accès au grand public, par des pages sécurisées ou bien en limitant les avis. Toutefois les jeux « 18+ » sont une source de revenu non négligeable pour eux, il y a donc une sorte de statu quo. »

« La censure touche aussi beaucoup d’autres types de jeux ! »

Marc

N’est-ce pas positif que les plateformes acceptent de vendre ces jeux sans trop de censure, pour soutenir les studios indépendants ?

Marc : « Il y a la question de l’indépendance, mais n’oublions pas que la censure touche aussi beaucoup d’autres types de jeux, notamment parodiques. L’exemple le plus flagrant était celui de South Park : Le Bâton de vérité, sorti en 2014. Certaines scènes jugées non-conformes ont été purement et simplement retirées du jeu en Europe et en Australie. Ce qui est paradoxal, c’est que le porno choque moins que des scènes prétendument « racistes », ou de violence extrême (Mortal Kombat…). »

Justin : « Il faut aussi remarquer que les jeux d’aujourd’hui sont beaucoup plus soft que leurs aînés. L’érotisme vidéo ludique, actuellement, c’est voir de la nudité ou entrevoir des parties génitales, au pire simuler une scène de sexe. Dans les années 1980, et même 1990, c’était bien plus trash, ça ferait un scandale énorme si ça sortait en 2020… »

« Précisons qu’une majeure partie des jeux érotiques sont produits en Asie, au Japon surtout. »

Justin

Un exemple d’un jeu qui a eu du succès ?

Marc : « Ce n’est pas vraiment un jeu érotique, mais il y a Genital Jousting. Tout est dans le nom, on incarne un pénis et on combat d’autres pénis. Il a beaucoup fait parler de lui, car il a beaucoup amusé, mais aussi parce que Twitch l’a banni de sa plateforme. L’entreprise, après des milliers de vidéos sur le jeu, a estimé qu’il ne convenait pas à tous les âges, et l’a purement et simplement interdit. »

Justin : « Précisons aussi qu’une majeure partie des jeux érotiques sont produits en Asie, au Japon surtout, sous forme d’animations, de hentai, qui ne passent pas la barrière en Occident, car considérés comme pornographiques. Pour ceux qui arrivent sur le marché européen, on peut citer la franchise Dead Or Alive. Sans être porno, le concept est simple, des filles quasiment nues et fortement érotisées se battent jusqu’à la mort. »

Marc : « Le Japon a une mentalité entièrement différente sur le sujet, leurs jeux sont plus violents, plus sexuels. Mais comme ce sont des cartoons, c’est socialement accepté. » 

Des éditeurs grands publics (Ubisoft, EA…) produisent-ils ce genre de jeux ?

Justin : « Non, pas des jeux entiers. Des scènes à la limite, comme dans les jeux Rockstar (GTA…) où tu vois des prostitués et strip-teaseuses, avec qui le personnage peut avoir des rapports, mais ce n’est que suggéré. L’intégralité du jeu n’est pas basée dessus. »

« Dans un jeu érotique, tu peux avoir un bon scénario, des personnages travaillés, des dialogues intelligents. »

Justin

Quelles différences entre un jeu érotique et un jeu porno ?

Marc : « Dans le jeu érotique, les actes sexuels sont insinués, dans le porno tu vois l’entièreté de l’acte, et surtout, tu l’incarnes. C’est comme la différence entre les films interdits aux moins de 16 ans, et ceux interdits aux moins de 18 ans. »

Justin : « C’est bien plus trash dans les propos, dans les images, il n’y a pas cette subtilité sensuelle dans les jeux pornos. Dans un jeu érotique, tu peux avoir un bon scénario, des personnages travaillés, des dialogues intelligents. Dans les pornos, c’est beaucoup plus rare… »

« Pointons la franchise Brad Stallion qui a su offrir dès 1988, sous la forme d’un Point and Click, une aventure sexuelle dans l’espace ! »

Marc

Quelles sont les plateformes (ordinateurs, consoles…) visées ?

Justin : « Dans 99 % des cas le PC est privilégié, les éditeurs consoles ne permettent quasi jamais à des jeux érotiques de sortir, ne parlons même pas des pornos. »

Dans quels genres (RPG, point and click, narration…) retrouve-t-on le plus d’érotisme ?

Marc : « Au début, surtout des jeux de narration, avec énormément de texte, qui demandaient un effort d’imagination. Ces derniers temps le Jeu de rôle (RPG) a le vent en poupe, du coup certains éditeurs (très indépendants) osent franchir le pas de l’érotisme. Pointons tout de même la franchise Brad Stallion qui a su offrir dès 1988 un jeu sous la forme d’un point and click, une aventure sexuelle dans l’espace. »

Le Jeu Vidéo étant un média comme un autre, la sexualité allait, forcément, s’immiscer jusque dans nos manettes.

Jean-Baptiste RAMAT

2 Replies to “Jeux vidéo érotiques : un secteur en développement”

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