Propos infantilisants, brutalité durant un examen de contrôle ou encore opérations effectuées sans consentement. Beaucoup de femmes ont vécu ce type de violences gynécologiques et obstétricales durant leur vie, sans même comprendre leur gravité. Aujourd’hui, Décomplexe by ISCPA vous explique comment identifier ces violences.

Ce n’est qu’en 2014, avec les hashtags #PayeTonUtérus et #PayeTonGynéco, que la parole se libère concernant les violences gynécologiques et obstétricales. D’après Christène Emard, journaliste ayant effectué une enquête sur ce type de violences : « Les femmes n’en parlaient pas avant parce qu’elles n’avaient pas conscience qu’elles en subissaient. Tout ça à cause de l’argument d’autorité qui fait que, si un médecin nous dit quelque chose, on obéit. Elles ne savaient pas que ce n’était pas normal ».

Ces violences peuvent être perpétrées de deux manières. Il y a tout d’abord les violences verbales qui concernent les propos infantilisants et dégradants pour la femme. Mais aussi des violences physiques perpétrées sans la connaissance ou le consentement de la patiente.

Expliquer pour consentir

D’après Valérie Dumoulin-Assimilalo, sage-femme, « Une violence gynécologique, ça part de la non-information et du non-consentement. C’est effectuer quelque chose sans le verbaliser. Quand on ne donne pas l’information à la patiente et qu’on n’a pas son consentement, on devient violent »Christène Emard explique : « Quand on va chez un gynécologue, on sait qu’il y aura probablement pénétration par sonde vaginale, par les doigts du médecin ou un autre instrument. Mais dès le moment où il n’informe pas sa patiente des examens, il fait preuve de violence. La patiente ne doit pas être surprise ».

Lors de son accouchement, Valérie Dumoulin-Assimilalo a vécu cette brutalité. « On ne m’a pas du tout prévenue, je n’ai jamais consenti. C’était dans l’urgence et on m’a infligé une expression utérine doublée d’une épisiotomie ». Une expression utérine, aussi appelée expression abdominale, est une vieille pratique qui consiste à appliquer une pression sur le fond de l’utérus pour raccourcir l’accouchement. Et même si elle avait souhaité porter plainte, Valérie n’aurait pas pu car, en regardant son dossier médical, censé regrouper tout ce qu’elle avait subi lors de son accouchement, tout cela n’y figurait pas. « Je ne pouvais pas porter plainte. C’était la parole de la patiente contre le personnel soignant », explique-t-elle.

« Ce n’est pas normal d’avoir mal »

La question de la douleur est toute aussi importante quand on parle de violences gynécologiques. « Si une patiente explique qu’un examen la fait souffrir, le médecin doit l’entendre », explique Christène Emard. Mais certains membres du corps médical ne prennent pas les volontés de leur patiente en compte. La journaliste raconte que, lors de son enquête, des médecins gratifiaient les patientes qui avaient mal de cette phrase : « Ne fais pas ta chochotte, c’est normal d’avoir mal ». Mais pour Christène, « Ce n’est pas normal d’avoir mal. Le gynécologue doit être à l’écoute des besoins de sa patiente ».

On parle également de violences gynécologiques lorsque le médecin refuse les décisions de sa patiente. Si une femme souhaite se faire ligaturer les trompes ou accéder à une certaine contraception, et que son médecin lui refuse ce droit, il fait preuve de violence.

L’épisiotomie

Aujourd’hui, l’épisiotomie est l’une des violences gynécologiques les plus acceptées. Il s’agit d’une incision au niveau du périnée permettant de faire sortir l’enfant plus facilement. Cette opération est parfois nécessaire, dans l’urgence de l’accouchement, pour préserver la santé de la mère et de son enfant. « L’épisiotomie est une question complexe », explique Christène. « Lors d’un accouchement, les médecins, dans l’urgence, savent qu’ils doivent aller vite. Mais s’ils préviennent la patiente de l’intervention qu’elle va subir, elle refusera et mettra sa vie, et celle de son enfant en danger. S’il y a un problème, ce sera de la responsabilité du médecin. Mais d’un autre côté, s’il ne la prévient pas, il y a violence. »

Suite à ces épisiotomies, certains médecins pratiquaient alors ce qu’on appelle « le point du mari ». Le médecin ajoute, lorsqu’il recoud au niveau du périnée un point de suture sans prévenir sa patiente. On parle de point du mari car cette nouvelle étroitesse du vagin est censée procurer plus de plaisir au partenaire masculin. Mais c’est faux ! Cette opération provoque des douleurs insoutenables pour la victime. Valérie Dumoulin, raconte : « J’ai rencontré une femme a qui on avait imposé le point du mari. Son vagin était beaucoup trop serré par rapport à la moyenne. Cela a créé d’énormes souffrances pour la victime et son partenaire car ils n’avaient plus la possibilité d’avoir des rapports sexuels ».

Les procédures (im)possibles

En cas de violences gynécologiques, la patiente peut porter plainte. « Puisque le procureur n’est pas compétent sur le sujet, il fait appel à un professionel, un gynécologue », relate Christène. « Malheureusement, il est presque impossible qu’il condamne les pratiques de son confrère. »

Il y a également l’Ordre des médecins. Mais il n’existe pas de police des gynécologues à proprement parler. La journaliste explique que « Lorsqu’on regarde le serment d’Hypocrate, on voit qu’on ne peut pas dénoncer son confrère. Ils se serrent tous les coudes. Un médecin ne pourra jamais dénoncer un autre médecin. Personne ne dénonce personne ».

Les conséquences de ces violences

Après avoir subi ce type de brutalité, beaucoup de femmes sont traumatisées. « Ce qui revient souvent, c’est la peur de retourner chez un gynécologue ou un médecin », raconte Christène. « Certaines femmes évitent le milieu médical pendant presque cinq ans. »

Suite à ce traumatisme, beaucoup de femmes refusent d’aller chez un médecin pour des contrôles, des dépistages. Certaines contractent alors des maladies, non diagnostiquées par un médecin donc, comme des cancers. Et malheureusement, lorsque les symptômes apparaissent et qu’elles veulent être soignées, il est parfois trop tard.

Comment s’en remettre ?

Aujourd’hui, presque rien n’est mis en place pour aider les femmes victimes de violences gynécologiques et obstétricales à se remettre de leur traumatisme. Et les établissement médicaux ne font pas de suivi pour s’assurer de leur état. La journaliste explique que « Les violences gynécologiques sont un problème communément admis. Donc si la victime ne va pas voir un psychologue d’elle-même, personne ne l’aidera ».

Pour Valérie, la sage-femme, « Il faut déjà essayer de digérer ce traumatisme en verbalisant. L’essentiel c’est de verbaliser et d’avoir un psychologue qui puisse intervenir sur cette situation ». Mais ce qu’elle souhaiterait par-dessus tout, ce sont des groupes de parole et de soutien pour « Soigner ses blessures et aller de l’avant ».

Octavien THIEBAUD

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