Femme en plaisir

Lundi dernier, nous parlions de la masturbation chez les hommes. C’est au tour de la masturbation féminine aujourd’hui ! Le docteur René Colombani nous parle des effets de l’autoérotisme féminin, parfois incompris, voire méconnus.

Quel effet a la masturbation sur le corps féminin ?

René Colombani : « Vaste question ! À mon humble avis, il ne faut pas donner plus d’importance que ça à la masturbation. Celle-ci, comme son penchant masculin, existe sous deux formes : l’autoérotisme ou la masturbation partagée. Il n’y a aucun effet particulier sur l’utérus, puisque la plupart du temps, c’est de la stimulation clitoridienne ou vulvaire.

Cela signifie que les organes visés sont plus « externes » et « abordables » que l’intérieur des parois utérines. Sur le vagin, le seul effet peut être une lubrification plus intensive. Sur le clitoris en revanche, région très riche en terminaisons nerveuses, une tension va être provoquée, pouvant mener à l’orgasme. »

Est-il vrai que se masturber souvent réduit le risque de cancer du col de l’utérus ?

« Sauf données récentes, non, je ne pense pas. Il peut y avoir des phénomènes hormonaux, mais je ne vois pas comment cela baisserait les risques de cancer. Peut-être fera-t-on des découvertes dans ce sens, mais pour l’instant, non. Nous n’avons aucune preuve évidente pouvant corroborer cette thèse. Il faut faire très attention avec ce genre de rumeurs, des charlatans sont toujours prêts à raconter n’importe quoi ! »

À contrario, la masturbation compulsive peut-elle avoir des effets négatifs sur les parties génitales ?

« Non, pas vraiment. Si répercussions il y a, elles sont avant tout psychologiques, mais pas anatomiques. Déjà, les femmes se masturbant compulsivement, au sens maladif du terme, ont souvent des problèmes psychiques ou sociaux. La peur d’affronter un partenaire « en vrai » par exemple. Une femme, comme un homme d’ailleurs, passant son temps à s’auto-masturber, a très certainement besoin d’un psychologue ! »

Comment expliquer, que, contrairement aux hommes, les femmes peuvent jouir plusieurs fois ?

« Un homme peut aussi jouir plusieurs fois (rires) ! Bien sûr, si on met la jouissance au niveau de l’éjaculation, oui, les garçons ne peuvent en avoir toutes les deux minutes. Toutefois, contrairement à la rumeur populaire, ce n’est pas forcément bon pour le corps féminin d’avoir trop souvent plusieurs orgasmes d’affilée. Tout excès est nuisible ! »

La masturbation peut-elle permettre de réduire les douleurs liées aux menstruations ?

« Sincèrement, je ne partage pas cette hypothèse. Cela peut permettre, éventuellement, de détourner l’attention. Je m’explique. Vous avez très mal au bras gauche, vous allez vous faire mal au bras droit pour que votre corps oublie momentanément la première douleur. C’est juste un transfert de problème sur un autre, mais qui peut vous aider à mieux supporter le premier mal. Il n’y pas vraiment de raisons physiologiques pour corroborer cette hypothèse. »

Quel est son effet sur le vieillissement ? Peut-elle aider pour les sécheresses vaginales ? Augmenter la dose d’œstrogènes ?

« À partir du moment où il y a excitation sexuelle, il y a une augmentation de la lubrification du vagin, donc moins de sécheresses vaginales. La surexcitation de la zone clitoridienne, par exemple, peut agir sur les glandes de Skene. Celles-ci sont situées dans la partie basse de l’urètre féminin, en dessous du vagin, et sécrètent un liquide, translucide et inodore. Ce liquide peut être expulsé si ces glandes sont en hyperactivité, et donc que la femme a plusieurs orgasmes de suite.

Ce que l’on appelle, dans le langage courant, les « femmes fontaines« . Pendant longtemps, en pareil cas, la médecine pensait que ces femmes souffraient d’incontinence urinaire, elles étaient opérées de l’urètre, mais bien sûr cela ne changeait rien. Aujourd’hui, nous connaissons bien le problème. Tout ça pour dire, que s’ il y a hyperstimulation (via l’autoérotisme), il y aura possiblement une hypersécrétion, d’origine urétrale via les glandes de Skene, ou d’origine vaginale ou vulvaire. »

Après la lecture de cet article, peut-on conclure que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus ?

Jean-Baptiste RAMAT

One Reply to “La masturbation féminine : l’éclairage d’un gynécologue”

Laisser un commentaire