sous vêtement taché de sang des règles

C’est un moment du mois que les jeunes filles et les femmes redoutent. Environ tous les 28 jours, elles sont confrontées aux menstruations, plus communément appelées règles féminines. Mais aujourd’hui, parler de ce phénomène, pourtant naturel, est encore un véritable tabou. Les règles dérangent. Pour se libérer de cette pression sociale, femmes et collectifs ont multiplié les actions pour obtenir la reconnaissance des menstruations. Selma Anton est fondatrice du collectif « Ça va saigner« , créé en 2019. Elle nous parle de ce tabou.

C’est une question que beaucoup de gens se posent : pourquoi les règles dérangent tant ?

Selma : « Je pense que c’est une question culturelle. On parle ici du corps de la femme et tout ce qui touche de près ou de loin à cela, ça gène. Regardez les réactions quand on parle du clitoris… Après sur l’aspect scientifique, il y a de nombreuses études qui ont été faites. Elles mettent en avant ce côté de la virginité de la femme et forcément le sang, ça salit. Je trouve d’ailleurs ce constat très triste parce que ce sang est sain. Il est celui qui est censé accueillir la vie. Enfin un dernier facteur qui a contribué à ce dégoût : ce sont les marques. Dans les publicités, le seul aspect qui est mis en avant, c’est que les règles ça pue. Alors que l’odeur vient juste du fait que le sang macère et jusqu’à preuve du contraire, le sang macéré sent la même odeur, tant pour les hommes que pour les femmes. »

Mais on peut dire que c’est valable pour tout. Le sang repousse, et pas uniquement celui des règles !

« Pas tant que ça. Regardez ! Le sang d’une personne blessée, pour ceux qui le voient, il évoque la douleur et il y a une forme de compassion qui se crée. Le sang qui coule des règles, on trouve ça directement répugnant. Les gens voient une impudeur totale. Une fois, on faisait un shooting photo à Paris entre filles et nous avions gardé notre sang. Et là, un restaurateur est sorti fou de colère pour nous dire de dégager et que c’était une honte de faire ça. Les gens nous jugeaient de partout. »

Mais aujourd’hui, est ce que l’on constate une évolution sur la vision que la société porte à l’égard des règles ?

« Je pense que oui. Il me semble que c’était Nana qui avait fait une pub où l’on voyait des vulves qui discutaient entre elles. Je me souviens que ça avait choqué tout le monde. Mais c’était déjà un pas. Les choses bougent grâce au féminisme sympa, celui des femmes qui font le #hairyjanuary etc. Quand je dis féminisme sympa, c’est en opposition avec un féminisme plus structurel, celui des femmes qui sont battues par leur mari, celles qui décèdent ou se font agresser dans la rue. Là, c’est bien plus horrible. Mais de toute façon pour moi, le féminisme n’est qu’un. »

D’après-vous, la perception des hommes sur les règles féminines a-t-elle évolué ?

« Pour ma part, je reconnais que je suis généralement entourée de mecs qui sont féministes. Mon entourage est vraiment sensible, compréhensif à toutes ces questions. Donc c’est vrai que c’est difficile à quantifier. D’ailleurs, j’ai souvent des filles qui m’écrivent pour me dire que leurs mecs ne veulent pas qu’elles laissent leurs tampons ou leurs serviettes. Après c’est comme tout, petit à petit ça bouge ou du moins ça bougera. »

Et le tabou du sexe pendant les règles, il persiste toujours autant ?

« C’est un peu comme tout ce qui touche à la sexualité, c’est très personnel. Aujourd’hui, il y en a même beaucoup qui pensent que ce n’est tout simplement pas possible car il y a une méconnaissance totale du corps. Même pour une femme, ça peut être car les règles, ça brasse beaucoup d’hormones. C’est vraiment propre à chaque personne. »

Est-ce que les pouvoirs publics font le nécessaire pour aider à normaliser les règles ?

« Déjà quand on regarde les sujets qui touchent à la précarité menstruelle, il n’y a aucune prise en charge de l’État. Quand on regarde les féminicides, on voit qu’il ne se passe rien non plus. Moi je sais que j’ai créé cette page pour parler de la précarité menstruelle et le problème il est bien là, sous nos yeux. Dans les prisons, les femmes sont obligées de rester avec du sang sur la culotte parce que les paquets de Tampax sont quatre fois plus chers que dans la vie civile. Quatre fois plus chers ! Donc en termes d’action, autant dire que je ne fais pas confiance aux politiques. Moi je fais confiance aux associations. Pour que les choses bougent, il faut faire peur à nos gouvernants. C’est la seule solution. »

Que pensez-vous des initiatives qui soutiennent les règles féminines ? Elles sont suffisantes ou pas assez ?

« Petit à petit, les choses se mettent en place. Il y a un an déjà, Irenevrose avait lancé le mouvement. Elle avait traversé tout Paris avec du sang au niveau de son entrejambe. C’était énorme. Et puis elle a été harcelée. Il y avait eu une levée féministe à l’époque d’ailleurs. Dans le même genre, il y a SPMtamère qui fait des actions pour défendre le droit de vivre ses règles normalement. »

Avez-vous subi des pressions contre vos actions ?

« Oui j’en ai déjà reçues. Ce sont souvent des personnes qui postent des commentaires désobligeants voire menaçants. Dans la grande majorité, ce sont des hommes. Mais ça m’est déjà arrivée que ce soit des filles. Je vais vous dire, en toute honnêteté, ça me fait mal au cœur. Car quand je vois la violence que certaines filles ont à donner, je me dis « Mais comment elles font pour vivre avec leurs règles ? » »

Max DESGOUTTE