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La pasteure Nadine Heller, de l’Église protestante unie, d’obédience calviniste, est en poste à Vaulx-en-Velin. Elle nous expose sa vision, et celle de son Église, sur la sexualité.

L’Église calviniste regroupe différentes mouvances théologiques, mais revendique l’héritage direct de Jean Calvin. Elle a des fidèles en Suisse et dans le monde germanique (Allemagne, Autriche…). Elle se distingue des Pentecôtistes et des Évangéliques, avec une lecture des Écritures moins orthodoxe.

Comment vous, en tant que pasteure, et votre Église, abordez la sexualité ? La virginité ? L’abstinence ?

« Je ne sais pas si Luther (fondateur du protestantisme luthérien) l’a dit comme cela, mais une phrase lui est attribuée : « À partir du moment où Jean et Catherine montent dans leur chambre à coucher, ils sont mari et femme ». Indépendamment de la question des liens du mariage, je considère que la virginité est une problématique secondaire. Le plus important c’est à qui on se donne, et comment ! Les relations sexuelles ne sont pas taboues, c’est entièrement naturel entre un homme et une femme.

« Ce qui compte, c’est le sérieux de la relation ! »

Il y a cependant une idée forte, pour se dire « je me préserve pour ». Mais ça ne veut pas dire que l’on se préserve pour une seule personne à vie, et encore moins tomber dans l’hédonisme à penser « je vais tout essayer pour voir ». Ce qui compte c’est le sérieux de la relation, l’engagement que l’on y met, le respect dans le couple. On ignore si cela va durer pour toute la vie, on ignore si l’on va se marier, mais sur le moment présent on se donne à l’autre, et on le respecte. L’amour est quelque chose de précieux, on ne fait pas n’importe quoi avec ! »

Existe-t-il chez vous le « péché de chair » (luxure) dont parlent les trois grandes religions monothéistes ?

« Dans notre théologie, nous n’avons pas la notion de péché capital, ou bien de gradation dans les péchés. Ce qui en est un, pour nous, c’est la manière dont on fait les choses et dont on les vit. Pour le sexe, avoir des partenaires multiples sans les respecter, les jeter comme des objets usagés une fois la jouissance passée. Le péché est là, il ne nous mène pas en enfer, nous y sommes déjà, en tant qu’état, quand on est enfermé dans ce genre de spirale. On se perd dedans, on tue l’autre, on se tue soi-même, et donc on se sépare de Dieu. Le péché, l’enfer, c’est la rupture avec Dieu. »

Quel regard portez-vous sur la société et la jeunesse d’aujourd’hui ?

« Je pense qu’il n’est pas facile d’être jeune aujourd’hui. Il y a beaucoup de libertés, moins de tabous, en revanche bien moins de repères. Le jeune se pose la question : « Quels repères dois-je avoir pour ma vie personnelle ? », dans tous les domaines, y compris dans la sexualité. Les repères religieux ont été bazardés, parfois à juste titre, pour certains qui étaient des carcans nocifs. Cependant, aucun tri n’a été fait, tout a été mis dans le même sac. Les nouveaux repères sont uniquement sociaux : « Que vois-je dans les films ? Dans la pub ? Sur Internet ? »

C’est difficile pour un jeune de démêler le vrai du faux, de trouver son chemin. Je trouve que la religion peut montrer ce chemin, quand elle est sereine et n’est pas un carcan. Mon rôle est d’être un interlocuteur, qui fait se poser les bonnes questions. »

Quelle vision portez-vous, et votre Église, sur l’homosexualité ? Sur la masturbation ?

« Nous sommes un peu spéciaux dans ce domaine, pour l’homosexualité, nous avons voté lors de notre dernier synode [assemblée délibérative] la bénédiction des couples homosexuels. Depuis, l’Église dit que c’est une possibilité. Même si cela a fait des remous en notre sein, et avec d’autres Églises protestantes, pour qui c’était inadmissible. Impensable, car contraire à l’Écriture. Effectivement, il y a des passages de la Bible qui considèrent l’homosexualité comme une abomination.

« Disons-nous bien que le Christ n’a jamais condamné ! »

Chaque conseil de paroisse décide sa position, car il n’est pas question d’imposer quelque chose. Globalement, deux femmes ou deux hommes qui s’aiment, l’évidence montre que leur amour existe, qu’il est vrai. Aussi beau et fort qu’un amour hétérosexuel. Comment mettre cela en harmonie avec l’Écriture ? Disons-nous bien que le Christ n’a jamais condamné ! À quel moment l’Église peut dire : « Nous n’allons pas vous accompagner dans votre amour » ?

La question n’est pas de savoir si Dieu est d’accord avec votre amour, il bénit votre relation, ce qui est important est la manière dont on vit. Vous savez, je connais des couples homosexuels qui sont très stables, alors que d’autres hétérosexuels vivent n’importe comment. On peut avoir des relations sexuelles perverses dans un couple hétéro, tandis qu’elles peuvent être belles et harmonieuses dans un couple homo. La frontière n’est pas forcément où l’on pense !

Ce qui est condamnable, c’est la forme, pas le fond ! Enfin, pour la masturbation, c’est une question que l’on ne se pose pas, si ça va trop loin [masturbation compulsive], ça relève du psychologue. L’interrogation est la notion de plaisir, est-ce égoïste et donc condamnable ? Je ne le crois pas ! »

Retrouvez prochainement la vision de la sexualité des autres représentants de la foi.

Jean-Baptiste RAMAT

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