Femme jouant à un jeu vidéo

Historiquement, le jeu vidéo est un milieu sexiste, surtout dans les années 1990. Un constat toujours valable aujourd’hui, même si elles représentent presque la moitié des gamers. Avec Internet, le problème va même encore plus loin, du simple sexisme au harcèlement sexuel.

Qui a dit que le gaming était une affaire d’hommes ? La participation féminine dans l’univers du jeu vidéo est en constante augmentation ! Selon une étude américaine du Pew Research Center de 2018, en France, 47% des joueurs sont des femmes. Et c’est loin d’être un cas isolé. En fait, il n’y a qu’en Chine (27%) et en Corée du Sud (37%) que la moyenne est très loin d’être respectée. Mieux, au Japon elles supplantent largement les hommes (66%). La pluralité de l’offre, de l’expérience de jeu mais aussi la diversification des plateformes a participé à démocratiser la pratique du jeu vidéo ces 20 dernières années. 

Un manque de représentation dans le milieu professionnel

Si la parité est quasiment atteinte chez les joueurs, ce n’est pas le cas dans l’industrie vidéoludique. Dans les studios de création français, on ne compte que 15% de femmes (d’après le baromètre du Syndicat national du jeu vidéo). Un chiffre qui explique pourquoi la femme est encore hypersexualisée dans certains jeux, mais aussi pourquoi ils ne sont pas tous pensés pour être joués par des femmes. Jusqu’à présent, à part dans des jeux pour enfants comme Pokémon, il était assez rare de pouvoir incarner un personnage féminin« Sur le dernier Assassin’s creed, on pouvait choisir comme personnage principal un homme ou une femme. Certains blockbusters essayent d’améliorer cette image et c’est vraiment cool », relève Yasmine Darsouni, streameuse et étudiante lyonnaise de l’école spécialisée Gaming Campus. 

Et oui, les femmes ne jouent pas uniquement à Animal Crossing ou autres jeux simples, ce sont des humains à part entière. Alors elles ne s’identifient pas forcément aux personnages de leur jeu. Comment prendre du plaisir dans GTA par exemple, quand les trois personnages jouables sont des hommes, la plupart du temps machos ? D’autres jeux n’ont pas ce problème de jouabilité, mais proposent tout de même une vision de la femme catastrophique. Comment ne pas citer Lara Croft, aventurière à la poitrine très généreuse. « Sur World of warcraft aussi, les femmes sont très sexualisées, complète Yasmine Darsouni. La femme devrait être l’égal de l’homme dans chaque jeu. »

Des réactions minimes

Certains l’ont compris, et essaient de régler (ou plutôt de camoufler) le problème. Comme Fortnite, jeu numéro un depuis plusieurs années. Les développeurs ont choisi de retirer les mouvements de poitrine des personnages féminins. Un petit pas pour le jeu, un grand pas pour la femme ? Pas vraiment. Lucile, streameuse et cosplayeuse, argumente : « Je ne vais pas dire que c’est bien, dans le sens où la poitrine est quelque chose que chaque être humain a. C’est la société qui fait de la poitrine féminine une chose sexuelle. Et puis ça fait vendre. Je pense que ce sont les mentalités qui doivent changer, pas les jeux ou les femmes en général ».

Les écoles de gaming, un trompe-l’œil ?

Pour faire évoluer les mentalités, les écoles de jeux vidéo semblent être l’idéal. Elles qui ont fleuri un peu partout dans le monde depuis quelques années représentent-elles plus qu’un business juteux ? Sans doute. Mais pas de là à dire qu’elles aident la cause du sexisme dans le jeu vidéo. « Dans mon école, il y a 250 élèves et on est seulement une quinzaine de femmes. Ça représente seulement six petits pourcents,commente Yasmine Darsouni. Par ailleurs, nos seules professeures femmes, ce sont celles d’anglais. » Un fait pas si surprenant quand on sait qu’en France, il n’y a que 5% de femmes dans les compétitions professionnelles d’e-sport. La plupart s’affrontent dans des tournois uniquement féminins. Une hérésie quand on sait que le gaming ne requiert aucune qualité physique que les femmes n’ont pas

Alors que faire pour cesser ce sexisme ? Peut-être faire appel à cette fameuse « solidarité féminine ». « Il y a un mouvement féministe avec de la solidarité, confie Lucile. Après, il est vrai que certaines personnes ne le sont pas, c’est comme dans tout. Il y a des idiots partout et aussi dans le gaming. Je pense que les femmes devraient arrêter de se tirer dans les pattes et d’instaurer une jalousie étant donné qu’on a toutes le même combat. On se fait déjà assez critiquer. Soutenons-nous. » Yasmine Darsouni voit les choses autrement : « C’est aux femmes de se mettre en avant pour améliorer notre image. Être une femme peut être un tremplin pour devenir connue, parce qu’on est peu nombreuses. On a une meilleure visibilité, mais ça peut être à double tranchant parce qu’on est très critiquées. »

Des proies faciles pour le cyber-harcèlement

« Soyons honnête, la plupart du temps, nous sommes regardées en tant que femme pour notre physique. Je trouve ça dommage, car de nombreuses streameuses/joueuses ont un énorme talent, et le physique ne compte pas, seulement la performance. Peut-être qu’avec les années les choses seront différentes », déplore Lucile. Mais c’est un fait, pour beaucoup, les femmes n’ont pas leur place dans les jeux vidéo. Et ils n’hésitent pas à le faire savoir. Les joueuses reçoivent ainsi énormément de remarques sexistes, comme « retourne dans la cuisine ». Mais aussi des menaces (viol ou meurtre), des insultes, ou encore des propositions sexuelles. La barrière du harcèlement sexuel est franchie.

Ces comportements viennent en réaction au cliché des fausses gameuses ou « boobies streamers », qui consiste à affirmer que les femmes jouent pour attirer l’attention sur elles. Elles sont accusées de solliciter des compliments ou des insultes en échange de donations. Elles s’habillent bien, se maquillent et portent parfois d’importants décolletés. Il leur est reproché de passer plus de temps devant la caméra que manette en main. Toutefois, il n’est pas rare que le harcèlement d’une joueuse vienne d’une autre gameuse. 

En tant que cosplayeuse (c’est le fait de se déguiser en personnage de jeu vidéo), Lucile a fait sortir le harcèlement de son écran. Elle témoigne : « Il y a un gros fantasme autour du cosplay. Malheureusement, ce genre de pratique peut être très mauvais pour nous, car on se retrouve dans des situations compliquées, surtout en convention (événements grand public dédiés à l’univers du jeu vidéo). J’ai déjà eu des hommes qui se permettaient de me mettre la main aux fesses, ce genre de chose, c’est horrible ».

Il faut être armé de courage pour se lancer publiquement dans le gaming quand on est une femme. Une qualité qui manque cruellement à ceux qui les insultent.

Emile GILLET & Jean-Etienne CELLE

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