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Avec l’arrivée des réseaux sociaux, les échanges coquins se sont multipliés. Que ça soit par photos ou messages interposés. Malheureusement, la situation peut dégénérer quand l’un des partenaires diffuse sur Internet un contenu sexuellement explicite sans le consentement de la ou des personnes. Ça s’appelle du Revenge Porn.

Le Revenge Porn est une pratique qui consiste à se venger d’une personne en rendant publique des contenus dits pornographiques dans le but de l’humilier. Il s’agit souvent des suites d’une séparation de couple mal vécue par l’une des parties. Cela peut également être mis en ligne par un pirate qui exigera une somme d’argent pour supprimer le contenu exposé. Il est important de préciser que le Revenge Porn n’est pas seulement la divulgation d’images ou de vidéos. Cela peut être des propos à caractères sexuels.

Voici le témoignage de Marianne (22 ans) :

« J’avais 18 ans, et une amie du lycée m’a présentée un groupe de mecs de son école d’ingénieur. L’un d’eux, Valentin, m’envoyait des messages, il semblait gentil et on a échangé nos snaps. Il demandait des photos, il insistait beaucoup et j’ai fini par céder, rassurée par l’autodestruction au bout de quelques secondes. Très vite, je me suis rendue compte de la façon dégradante dont il parlait des autres femmes, et j’ai décidé de ne plus le revoir ou lui parler, bien refroidie par son comportement. Il l’a assez mal pris, a affirmé qu’il n’était pas intéressé et que je rêvais, mais c’en était resté là et nous n’avions pas gardé contact. Jusqu’à ce que, trois mois plus tard, des amis à lui, présents à la soirée d’anniversaire, veuillent parler avec mon nouveau petit ami. Ils étaient tous morts de rire, très alcoolisés, et voulaient lui montrer les photos, que Valentin avait non seulement conservées mais également envoyé à des dizaines de mecs et posté sur des groupes Facebook de son école d’ingénieur. J’étais dévastée, et toutes les personnes présentes à la soirée ont été au courant, beaucoup d’entre elles m’ont par la suite tourné le dos, et j’ai subi beaucoup de slutshaming (ou « stigmatisation des salopes » qui consiste à rabaisser ou culpabiliser une femme à cause de son comportement sexuel de leur part).

Le lendemain, accompagnée par des amies, j’ai été porter plainte.

Le policier a accepté de prendre ma plainte, bien qu’il insistait pour que je fasse une main courante à la place, mais n’y a pas écrit fidèlement ce que je lui disais, insistant notamment pour qu’il soit spécifié que Valentin était mon petit ami de longue date. L’agent m’a demandé d’envoyer les photos et captures d’écran à son e-mail (professionnel), ce que j’ai fait. Je n’ai par la suite plus jamais eu de nouvelles de cette plainte ni de l’agent malgré mes relances. »

Un phénomène récent ?

Le Revenge Porn ou vengeance pornographique n’est pas apparu avec l’arrivée des réseaux sociaux. Dans les années 80, un mensuel américain pornographique a lancé la rubrique « Beaver Hunt ». Le magazine publiait des images de femmes nues soumises par des lecteurs. Ces images étaient souvent accompagnées par des détails (ses hobbies, ses fantasmes et parfois son nom). Cependant, ces images étaient rarement envoyées par les femmes en question. Plusieurs d’entres elles ont même poursuivi le magazine pour la publication de leurs photos sans leur consentement.

Dans les années 2000, Sergio Messina, chercheur italien, a identifié un nouveau genre de pornographie. Il a appelé ça le Realcore Pornography. Une pornographie basée sur des images ou des vidéos d’ex-petites amies. Le site Xtube a d’ailleurs reçu de nombreuses plaintes.

Mais c’est en 2010 que le Revenge Porn a attiré l’attention des médias. Le site Is Anyone Up proposait de la pornographie soumise par des utilisateurs. Comme le faisait « Beaver Hunt » dans les années 1980.

Deux ans d’emprisonnement et 60 000€ d’amende

La loi est très claire au sujet du Revenge Porn. La détection de paroles ou d’images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé sont punis de deux ans d’emprisonnement et de 60 000€ d’amende. La diffusion d’images ou de paroles sans le consentement est puni des mêmes peines.

La loi punit l’infraction du Revenge Porn même si la personne a donné son consentement à l’enregistrement initial de la vidéo ou des images. Le seul fait que la diffusion, notamment sur Internet, ait lieu sans le consentement de la personne suffit.

Vous êtes victime ? À qui en parler ?

Si vous vous sentez menacé(e) ou que des photos de vous circulent déjà, il est important d’en parler. La solution de facilité est d’en parler à un ou une amie proche, ou à un membre de votre famille. Vous pouvez également en parler à un professionnel comme un médecin. Surtout, n’ayez pas honte d’en parler. Vous êtes victime et vous n’avez pas à culpabiliser, même si vous avez envoyé des Nudes. Le fait d’avoir envoyé des photos de vous dénudé(e) ne donne à personne le droit d’abuser de vous ou de vous faire chanter en diffusant ces images.

Ne vous inquiétez pas, si vous n’arrivez pas à en parler à quelqu’un, il existe des numéros ou associations pour en parler anonymement.

Voici quelques contacts :

  • Net Ecoute : Vous y trouverez un soutien psychologique et juridique. Cette plateforme est adaptée aux personnes mineures et aux majeurs. Sur le site Internet, on trouve un tchat, lui aussi anonyme et gratuit. Il est également possible de discuter avec des membres de la plateforme directement sur Messenger. Votre nom et prénom seront complètement confidentiels.

Numéro : 0800 200 000 

Cliquez ici pour accéder au chat

Cliquez ici pour accéder à Messenger

  • En avant toute(s) : Cette association a mis en place un tchat en ligne sur lequel vous pouvez raconter votre histoire et poser des questions. Le tchat est sécurisé, gratuit et anonyme. Un prénom ou pseudo ainsi qu’un numéro de département vous sera demandé pour des raisons pratiques. Toutefois, ne vous inquiétez pas, la conversation disparaît dès que vous fermez le site. Le tchat est ouvert les lundis et mardis de 15 à 17 heures et le mercredi de 14 à 18h.

Cliquez ici pour accéder au chat

  • Fil santé jeunes : Sur le site, vous pouvez avoir accès anonymement à un tchat individuel ou collectif. D’autres internautes peuvent être présents, ainsi que des psychologues, des conseillères conjugales ou familiales ou même des médecins. Le tchat est ouvert de 9 à 23 heures.

Le numéro : 0800 235 236

Cliquez ici pour accéder au forum

Cliquez ici pour accéder au chat

Comment faire pour que le contenu soit supprimé ?

Si des photos de vous à caractères sexuels circulent déjà en ligne, signalez-les au site Internet, au réseau social, ou à toute autre plateforme concernée. Ils pourront les supprimer au plus vite.

Voici quelques liens :

Signaler un contenu sur Facebook

Signaler un contenu sur Twitter

Supprimer un résultat sur Google

Jean-Etienne CELLE

One Reply to “Revenge Porn : le fléau des réseaux sociaux”

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