Saint-Pierre de Rome - Max Desgoutte

La religion catholique est confrontée à une crise. L’âge moyen d’un prêtre augmente et la profession ne se renouvelle pas. La crise de vocation s’explique entre autres par un point : le célibat. David Gréa, qui officiait à Sainte-Blandine, a décidé de tout quitter et est aujourd’hui marié. Il raconte son histoire.

Le son qui sort de sa bouche est doux. Une voix posée pour une pensée claire et structurée. C’est vrai, on prend du plaisir à écouter David Gréa parler de lui. Car des choses à dire, il en a. Il faut admettre que son parcours de vie sort un peu du commun : « Je l’ai raconté longuement dans mon livre Père David Gréa, une nouvelle vie, prêtre, marié, heureux », explique-t-il.

Une jeunesse catholique et ordinaire

Son enfance et son adolescence, il les a vécues dans une famille catholique. Ce catholicisme qu’il appelle le « catholicisme social » l’a accompagné tout au long de son évolution. « C’est ce courant qui met en pratique les valeurs de l’Église comme la charité, l’accueil des pauvres… C’est une éducation bien précise ! », rappelle-t-il. Au-delà de ça, David Gréa est un adolescent comme tout le monde. Il profite de la vie, de ses amis ou encore de sa petite amie de l’époque. Les ordres sont encore bien loin de lui. Comme quoi la prêtrise n’est pas forcément une vocation qui bourgeonne dès le plus en âge. David Gréa en est la preuve. « Ce qu’il s’est passé, c’est que ma première communion m’a vraiment marqué. Je me suis dit : Mais au fond je crois à quoi ? » À la suite de ça, David Gréa quitte la France une année pour rejoindre l’Allemagne. C’est dans ce pays qu’il a pu se recueillir dans un monastère et méditer. « Je m’ennuyais un peu alors on m’a fait lire les évangiles. Et là, j’ai été bouleversé car je venais de trouver la force de la foi. Un moine m’a dit : « Tu veux devenir prêtre ? », j’ai répondu que non. Et finalement j’ai réfléchi et je me suis dit que c’était peut être bien ma voie finalement. »

De la vie civile à prêtre

Désormais, c’est au séminaire que se passera la suite du parcours pour David Gréa. Là-bas, on lui enseigne tous les fondements du catholicisme et on lui donne les clefs pour devenir un prêtre apprécié de ses fidèles. C’est aussi au séminaire que la question de la chasteté est abordée : « On m’a enseigné que la chasteté était un rapport équilibré entre les choses. D’ailleurs, le prêtre disait que si l’on n’était pas bien dans notre célibat, il valait mieux aller voir une femme qu’une bouteille d’alcool. » Si le propos est marquant, à l’époque, il n’a pas de quoi remettre les choses en question. La suite s’écrit dans le diocèse de Lyon, où David Gréa intègre la paroisse Sainte-Blandine dans le 2e arrondissement de Lyon. Très vite, la paroisse se détache de ce qu’il se fait de partout. David Gréa vit avec son temps et croit en l’Église de demain. Le pari fonctionne car, très vite, le nombre de fidèles augmente, double, triple et quadruple. Certaines messes attirent près de 1 800 à 2 000 personnes.

À l’époque sur Twitter, certaines personnes louent le dynamisme de la paroisse lyonnaise :


« J’avais remarqué que je n’étais pas heureux dans le célibat »

David Gréa

Le prêtre de l’époque adapte ainsi les grandes questions du catholicisme avec modernité. Si les choses se passent bien pour la paroisse, David Gréa ressent un vide : « Ça faisait trois ou quatre ans que j’avais remarqué que je n’étais pas heureux dans le célibat. Disons que j’étais heureux en tant que prêtre, mais j’étais malheureux en tant qu’être. Mon but n’était pas de rechercher une femme mais j’avais dit à Dieu que si une se présentait sur ma route, alors je saisirais l’occasion pour créer quelque chose de nouveau », raconte-t-il. Dieu l’a-t-il écouté ? Ce qui est sûr, c’est que le jeune prêtre fait la connaissance de Magalie, une paroissienne. Très vite, une complicité pas comme les autres s’installe entre David et Magalie : « Il y avait des signes concrets. Quand elle venait, je sentais que j’étais heureux ! »

« Le Pape a prié pour notre couple »

Après une longue réflexion, l’envie de changer de vie pour l’ancien prêtre devient de plus en plus croissante. « À un moment, il a fallu que j’en parle à mon archevêque, le cardinal Barbarin. À son tour, il m’a dit d’aller en parler au Pape. Je suis donc allé le rencontrer au Vatican. » La démarche n’est pas médiatisée, mais le Pape reste humain et accessible pour le Père Gréa : « Il ne m’a jamais condamné, jamais accablé. Il m’a simplement écouté et m’a posé de nombreuses questions, profondes et personnelles », explique David Gréa avec beaucoup de reconnaissance.

Un tweet commentant le choix de David Gréa et la situation de l’Église catholique :


« L’important était d’être en paix avec moi-même »

David Gréa

Le Pape lui a même confié qu’il le faisait penser à Nathanaël. Après l’entrevue, David Gréa lui a présenté sa compagne. « Nous avons prié ensemble, il a prié pour notre couple. Honnêtement, ce fut vraiment un moment marquant et fondateur. » Après ce moment privilégié dans les salons du Vatican, l’heure du retour à Lyon a sonné. Avec les prières du Pape, David Gréa est revenu avec la conviction que pour lui, l’avenir s’écrivait aux côtés de Magalie, quitte à rompre avec l’amour que lui offrait Dieu. « Le cardinal Barbarin était content pour moi mais il était un peu embêté car il allait perdre un prêtre dynamique de son diocèse. » À partir de maintenant, celui que tout le monde appelait « mon Père » faisait son retour dans la vie civile sous le nom de David Gréa. Comme il le rappelle souvent « l’important était d’être en paix avec moi-même ».

« Je reçois de nombreuses interrogations »

Aujourd’hui, David Gréa est un homme heureux. Même s’il n’officie plus, il reste prêtre car on est prêtre à vie. Il s’est marié avec Magalie et est même devenu père de famille. Son cas avait fait beaucoup de bruit dans la presse à l’époque, ce qui lui a valu de nombreux messages. « Sur mon site que j’ai créé, je reçois de nombreuses interrogations, plusieurs fois par mois. Beaucoup de femmes m’ont écrit pour me dire qu’elles ressentaient quelque chose pour leur prêtre. J’ai également parfois quelques prêtres qui m’écrivent. Avec ma femme, on essaie de les aider le plus possible et de les conseiller. »

Car de nos jours, l’Église catholique subit une véritable crise de vocation. Au centre de ce problème majeur : la chasteté prônée par les ordres. Si le célibat des prêtres a été adopté au Moyen Âge, il paraît aujourd’hui très désuet et fait fuir plutôt qu’il n’attire. « Je pense que les choses bougeront petit à petit. On a tendance à l’oublier mais l’Église est une énorme machine de plus de 1,2 milliard de fidèles partout dans le monde. Et pour la bouger, il faut du temps et de la patience. »

Sur Twitter d’ailleurs, le débat sur le célibat des prêtes est récurrent :

Sur le même sujet, retrouvez un article de Décomplexe by ISCPA sur la virginité avant le mariage.

Max DESGOUTTE

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