Le Christ

Le Père Raphaël Rigaud a 37 ans. Cela fait sept ans qu’il est prêtre catholique, vicaire de Trévoux et de Jassans dans l’Ain. Il nous explique la théologie catholique sur la question, qui passe parfois comme désuète aux yeux de certains.

Pourquoi les curés catholiques doivent se contraindre au célibat ?

Raphaël Rigaud : « Dans l’Église latine, catholique, il y a une tradition qui vient des apôtres : le célibat pour le Royaume de Dieu. C’est-à-dire que ceux qui sont prêtres, ou ceux qui veulent le devenir, choisissent de vivre de manière célibataire comme le Christ était célibataire. Nous renonçons à une femme, à une vie de famille, à la sexualité pour se consacrer entièrement à sa paroisse, à l’Église. Ce qui fait que je peux être disponible quasiment 24 heures sur 24 pour mes ouailles (les paroissiens, les fidèles du curé), et pour les gens en général. Le temps que je passerais avec ma femme et mes enfants, je l’utilise pour mes paroissiens. »

« Quand je parle de sexualité, j’entends, bien sûr, des relations entre un homme et une femme ! »

Raphaël Rigaud

Quelle est la vision de sexualité dans l’Église catholique ? Pourquoi préconise-t-elle l’abstinence et la retenue avant le mariage ?

« Beaucoup de choses dans les questions ! Tout d’abord, la sexualité dans l’Église catholique, je dirais même dans le christianisme, est ce qu’il y a de plus grand et de plus beau. Quand je parle de sexualité, j’entends, bien sûr, des relations entre un homme et une femme. Puisque c’est ce qu’il y a de plus beau. Cela se prépare, et c’est dans le cadre du mariage que vient l’accomplissement. La finalité de l’amour, de deux êtres qui s’aiment, c’est la procréation, avoir des enfants. »

Que pense l’Église face aux relations sexuelles hors mariage ? Ce qu’il se passe pour une bonne partie de la jeunesse aujourd’hui…

« L’amour, c’est d’abord construire son couple, sur des bases solides ! Tirer son coup vite fait n’est pas catholique, si on aime l’autre, on est capable de se préserver pour lui. Je disais que la sexualité était ce qu’il y avait de plus grand, ce qu’il y a de plus beau, c’est l’union des corps. Cette union se pense, se médite, se réfléchit, c’est pour cette raison qu’il y a un temps de préparation avant le mariage. On apprend à se connaître, on s’apprivoise. Cela ne veut pas dire que c’est complètement asexué, que l’on ne peut pas se faire de caresses ou de baisers, mais l’union complète, elle, vient en apothéose, en dernier. »

« Le but du mariage catholique est de fonder une famille, il est donc, de facto, entre un homme et une femme »

Raphaël Rigaud

« Coucher avant le mariage revient, pour nous, à construire une maison sans fondations solides. C’est bancal. Dans l’Église, nous disons aux couples mariés, que Dieu lui-même est présent et bénit leur relation, qu’il bénit la beauté de l’acte sexuel dans leur relation. »

La question de l’homosexualité fait énormément débat dans l’Église, que conseille-t-elle aux homosexuels, catholiques ou non ?

« Le but du mariage catholique est de fonder une famille, il est donc, de facto, entre un homme et une femme. Cela, l’Église le défendra toujours ! Nous ne renions pas que deux hommes puissent être attirés l’un envers l’autre, ou deux femmes l’une envers l’autre. Mais si tel est le cas, nous leur demanderons, s’ils sont catholiques, une relation d’amitié.

Car on ne peut pas dissocier l’acte sexuel de la vie, de la procréation. Les homosexuels ne sont pas mauvais, nous ne leur jetons pas la pierre, ni n’avons aucune haine envers eux, c’est juste que la sexualité est ordonnée en fonction de la vie, rien de plus. »

Y-a-t-il des pratiques hétérosexuelles interdites ?

« Dans l’Église catholique, il n’y a rien de proscrit ou d’interdit, c’est plutôt : qu’est-ce qui va me faire grandir ? Grandir mon couple ? Certaines pratiques sont égoïstes, pour l’un comme pour l’autre, l’un des deux ne sera pas épanoui. C’est ce qu’on appelle la Théologie du corps, Jean-Paul II l’a très bien développée. Ce n’est pas de dire telle ou telle pratique doivent être faites comme ci ou comme ça, on s’en fout !

L’important c’est de montrer, encore une fois, la beauté et la grandeur de la sexualité. Il n’y a pas de binarité, ça c’est mal, ça c’est bien. On vise, encore une fois (rires), la vie, ce qui nous fait grandir, nous épanouir en tant que couple, la sexualité se vit à deux ! »

Est-ce pour cela que le catholicisme interdit l’onanisme (la masturbation) ?

« C’est considéré comme un péché, vu comme « égoïste », car tu ne fais plaisir qu’à toi-même. Ce n’est pas un acte ordonné, il éloigne de Dieu, donc un péché. Toutefois, comme dans beaucoup de péchés, il y a la question de l’habitude et de l’intention.

Nous sommes dans une société où la pornographie est à outrance, ça n’aide pas les jeunes hommes à se contenir (rires). Avant, quand tu voulais ton porno, il fallait aller au bureau de tabac, passer devant tout le monde avec ton magazine, et supporter le regard des autres quand tu passais à la caisse. Aujourd’hui, rien n’est plus facile que d’accéder à la pornographie, avec de multiples sites. »

Pensez-vous, en tant que curé, que le mariage des prêtres serait une bonne chose ?

« La question est, comme vu au début, de pouvoir être totalement consacré à son église et à sa communauté. Dans certaines situations, il peut y avoir des prêtres mariés, chez les catholiques orientaux, ou bien chez des pasteurs convertis au catholicisme. Cependant, notons que même quand c’est autorisé, tous les aspirants ne choisissent pas de prendre une femme. Ils savent que c’est très compliqué de mener à la fois, une vie de famille et une vie paroissiale.

Les Orientaux ont en plus un travail la semaine, ils n’assurent donc les offices que le week-end. Cela restreint fortement les possibilités d’être disponible pour tout le monde, tout le temps. Quand on regarde l’Histoire, il y a toujours eu, dans l’Église d’Occident, des hommes mariés qui sont devenus prêtre. On le voit dans l’actualité, avec l’Amazonie par exemple. Mais des prêtres mariés après leur ordination, jamais, et ce ne sera jamais le cas ! »

Retrouvez ici notre interview d’une pasteure sur le même sujet !

Jean-Baptiste RAMAT

Laisser un commentaire