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La pédophilie est un problème qui peut s’étendre au sport. C’est une pratique peu connue dans le milieu mais qui a reçu un coup de projecteur grâce à une enquête parue en décembre dernier.

Très peu de monde en parle, les témoignages sont rares. Pourtant, la pédophilie dans le sport est bien réelle. Une enquête de près de huit mois, où dix médias nationaux et locaux (« Envoyé spécial »« L’Équipe », « Mediapart »« Le Télégramme », « Brut », « Binge Audio »« La Revue dessinée », « Rue 89 ») se sont associés, est sortie en décembre dernier. « Le Revers de la médaille », c’est donc une enquête qui brise les tabous de la pédophilie dans le sport. Ses résultats : 276 actes pédophiles entre les années 70 et aujourd’hui. La plupart des victimes sont des mineurs de moins de quinze ans, répartis dans 28 disciplines différentes. Au total, c’est 77 affaires qui ont été recensées.

« Au début, Roland était gentil, raconte Amandine. Ensuite, il a commencé à demander des bisous, des câlins. Il insistait pour qu’on dorme chez lui après les compétitions. Il insistait beaucoup. »

Patrick, ancien joueur du club de tennis de table de la Croix-Rousse explique : « J’avais onze ans. Avec deux amis du club, il nous emmenait chez lui et prenait des photos de nos sexes. En échange, il nous donnait des billets de 100 ou 200 francs ». Ces deux témoignages recueillis par les journalistes montrent des cas isolés qui n’enlèvent malgré tout rien au malaise autour de la pédophilie en général dans les organismes sportifs. Mais cette libération de la parole reste assez rare car, au niveau juridique, les plaintes n’aboutissent que très rarement à un changement de la situation.

Des dysfonctionnements importants

La honte est aussi un facteur qui va dissuader la victime de parler : les enfants n’osent pas en parler devant leur famille ou leurs amis. Une tendance qui se vérifie quand on sait que neuf fois sur dix, les abus sexuels ne sont pas dénoncés aux autorités. Et encore, même quand on dénonce, on n’est pas sûr d’obtenir gain de cause. La faute à de nombreux dysfonctionnements.

Au-delà de ces chiffres, la récidive apparaît comme un gros problème. Selon les enquêteurs (Wandrille Lanos, Mathieu Martinière et Daphné Gastaldi), près d’une infraction sur deux sont récidivistes. L’investigation rapporte un phénomène de fuite des agresseurs. Elle recense 18 déplacements d’éducateurs sportifs, soit un quart des affaires. La majorité est à la source des récidives.

L’agresseur poursuit ensuite son activité

Deuxième donnée inquiétante : dans 77 % des cas recensés, l’agresseur a soit poursuivi son activité malgré une procédure judiciaire en cours, soit retrouvé un poste dans le milieu sportif après une condamnation pour une infraction à caractère sexuel. Alors que l’article 212-9 du code du sport interdit formellement à une personne condamnée pour un crime ou un délit à caractère sexuel d’entraîner des athlètes ou encadrer une activité sportive.

Pire, dans 18 autres cas, l’agresseur est soutenu par son club ou sa fédération ! La parole des victimes est même méprisée, allant parfois jusqu’à des tentatives d’intimidation. Des condamnations pour violences sexuelles ou des décisions de justice ont parfois été remises en cause, certains soutiens allant même jusqu’à invoquer l’erreur judiciaire.

Entre pression, honte ou simple non reconnaissance des faits, le silence autour de la pédophilie dans le sport a tenu longtemps. Mais avec cette enquête ou le travail d’associations, l’omerta (loi du silence)est en train de se briser. Mais le sport est aussi par d’autres problèmes en rapport avec la sexualité comme l’homophobie.

Matéo DUFOUR

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