L’infertilité féminine et masculine se définit comme étant l’impossibilité de démarrer ou de mener à terme une grossesse. Et ce, après environ douze mois de tentatives (ou six mois si la femme a plus de 35 ans) de rapports sexuels réguliers non protégés. Cette infertilité est très fréquente. En France, un couple sur cinq est concerné par l’infertilité. Elle peut être extrêmement difficile à vivre et engendrer des répercussions psychologiques importantes.

Pour qu’une femme puisse débuter une grossesse, plusieurs étapes sont obligatoires. Tout part dans un premier temps des ovaires qui doivent produire une cellule : l’ovocyte. C’est une gamète femelle qui n’est pas encore arrivé à maturité. Cet ovocyte va alors circuler le long des trompes de Fallope pour atteindre l’utérus. C’est dans l’utérus en présence d’un spermatozoïde que l’ovocyte pourra être fécondé. Cependant, pour arriver à une naissance, les obstacles sont nombreux. Et oui Les causes d’infertilité sont variées et peuvent concerner la femme (un tiers des cas), l’homme (un tiers des cas) ou les 2 (dernier tiers des cas).

Voici un extrait d’une interview du docteur Philippe Touraine (chef de service endocrinologie et médecine de la reproduction) sur l’infertilité féminine.

  • Les ovaires : ce sont des organes parfois capricieux et certaines femmes peuvent alors souffrir d’anomalies de l’ovulation. L’ovulation peut être inexistante (anovulation). Elle peut être perturbée par des microkystes sur les ovaires. C’est peut-être un mauvais fonctionnement de l’hypophyse et de l’hypothalamus qui ne libèrent pas les hormones au niveau de cerveau pour que l’ovulation puisse se produire.
  • Les trompes de Fallope : c’est la deuxième cause de l’infertilité chez la femme. Elles se situent entre les ovaires et l’utérus et sont primordiales pour le transit de l’ovule vers l’utérus. Elles peuvent être obstruées, ce qui empêche alors le passage de l’ovocyte jusqu’à la cavité utérine. La principale cause d’obstruction de ces trompes est une maladie infectieuse appelée salpingite. Elle est provoquée par des germes sexuellement transmissibles.
  • Endométriose : c’est une maladie qui peut toucher jusqu’à 10% des femmes en France et qui concerne l’endomètre. L’endomètre est une muqueuse qui tapisse l’utérus. Sous l’effet des hormones (notamment des œstrogènes) au cours du cycle, il s’épaissit pour le moment clé de l’ovulation.

S’il n’y a pas de fécondation entre l’ovule et un spermatozoïde, cet endomètre se désagrège et saigne.

Ce sont alors les règles. Cependant, il arrive que des tissus semblables à l’endomètre aillent se développer en dehors de cette simple muqueuse utérine et notamment hors de l’utérus provoquant alors des lésions, des adhérences ou mêmes des kystes au niveau des autres composants de l’appareil génital féminin. Mais aussi de facteurs environnementaux (tabac, pollution, variations hormonales).

  • Un utérus inhospitalier : parfois, c’est du côté de l’utérus que ça coince. En effet, un utérus malformé ou une glaire cervicale de composition inadaptée peuvent provoquer des signes d’infertilité. Parmi les malformations, on peut noter une anomalie de la forme ou de sa taille et des formations utérines anormales comme des cloisons, des fibromes ou encore des polypes. Ces malformations entraînent alors une mauvaise implantation de l’embryon.
  • Kystes et fibromes : le fibrome utérin est une tumeur féminine, bénigne et la plus fréquente car environ une femme sur dix en France souffrirait d’un fibrome. Ce fibrome peut se manifester par des saignements abondants, des douleurs abdominales, des crampes au niveau du ventre, une pesanteur abdominale, constipation, envie fréquente d’uriner, gêne pendant les rapports sexuels mais il peut aussi n’y avoir aucun symptôme…
  • Déséquilibre hormonal et perturbateurs endocriniens : Des déséquilibres hormonaux comme des problèmes de thyroïde ainsi qu’une production trop importante de prolactine peuvent également être responsables d’une infertilité et cette élévation du taux de prolactine, hormone présente lors de l’allaitement, peut affecter l’ovulation. Parmi les déséquilibres hormonaux, sont aussi incriminés les perturbateurs endocriniens (produits chimiques de synthèse ou d’origine naturelle qui peuvent interférer sur le système hormonal).

Nous avons rencontré Lucie (prénom modifié), atteinte du syndrôme de Turner…

Parlez-nous de votre syndrôme.

Lucie : « Je suis atteinte du syndrome de Turner. C’est très rare. C’est un problème lié à mes chromosomes qui fait que j’ai un manque d’hormones. Mon corps a du mal à se développer, dont mon utérus. »

Comment et quand avez-vous appris que vous aviez ce syndrome ?

« Pendant tout mon collège et une partie de mon lycée, je n’avais toujours pas mes règles et je n’avais pas de poitrine. Ma mère ne se posait pas vraiment de questions. Elle m’avait expliqué que certaines personnes étaient plus en retard que d’autres. Mais à mes seize ans, on a commencé à se poser des questions parce je n’avais toujours pas mes règles. Et c’est grâce à des tests que j’ai appris que j’étais atteinte du syndrome de Turner. »

Que fait cette maladie sur votre vie de tous les jours ?

« Premièrement, elle m’oblige à prendre un médicament tous les jours. Je pourrais ne pas le prendre mais je n’aurais ni mes règles ni de poitrine. Je dois prendre deux milligrammes d’hormones chaque jour. Mon médicament m’apporte des hormones que mon corps n’est pas capable de produire. Je ne savais pas que c’était dû à ce syndrome mais quand j’étais petite j’avais des otites à répétition. Une malformation au niveau cardiaque mais qui ne m’handicape pas du tout. J’ai également des problèmes de tendons, ils sont devenus très fragiles et distendus. »

Ce syndrôme peut vous rendre infertile ?

« Oui malheureusement ce syndrome me rend infertile parce que mes organes génitaux ne se sont pas développés correctement. Mes ovaires ne fabriquent pas d’ovocytes. Cela me fait d’ailleurs un peu peur parce que ma grossesse ne va pas se faire naturellement. Techniquement, je peux tomber enceinte, mais je vais devoir besoin d’un don d’ovocytes. Ma grossesse va également être beaucoup plus suivie que les autres grossesses (rendez-vous etc…). »

L’infertilité masculine

Comme chez la femme, il existe un certain nombre de raisons pouvant conduire à une infertilité. Mais la principale cause de l’infertilité masculine est due à une trop faible production (oligospermie) ou à une absence totale (azoospermie) de spermatozoïdes dans le sperme.

Ce problème de production peut être lié directement à la source des spermatozoïdes c’est à dire au niveau des testicules. C’est peut-être aussi lié à une obstruction des canaux qui permettent aux spermatozoïdes de migrer. Pour bien comprendre comment cela fonctionne, il faut savoir que le processus de production des spermatozoïdes s’appelle la spermatogenèse. Il dure environ 70 jours (deux mois et demi).  Elle commence à la puberté et continue tout au long de la vie et ce de manière continue 24h/24 et sans cycles comme chez la femme.

L’homme fabrique des spermatozoïdes tout au long de sa vie

Sauf problème médical, un homme n’est jamais à court de spermatozoïdes. Néanmoins, après 50 ans, les spermatozoïdes sont un peu moins nombreux et de moins bonne qualité mais cela n’a rien à voir avec la fertilité féminine qui elle, va s’interrompre complètement à la ménopause.

La production de spermatozoïdes débute dans les tubes séminifères des testicules, là où la température est la plus basse (34°C) ce qui est indispensable car si cela se produisait à l’intérieur du corps la température à 37°C serait trop élevée pour la formation des cellules souches des spermatozoïdes : les spermatogonies. Ces cellules migrent et se dotent de nouveaux composants à chaque étape. Ainsi, depuis les tubes séminifères jusqu’aux testicules, les futurs spermatozoïdes passent dans l’épididyme qui est un petit canal et dans lequel ils vont acquérir leur flagelle, leur permettant alors de devenir mobile. Le dernier arrêt est dans les vésicules séminales où ces spermatozoïdes se mélangent au liquide qui sera propulsé au moment de l’éjaculation.

Les spermatozoïdes sont sensibles à l’acidité

Il est important de savoir qu’un homme peut rester fertile avec un seul testicule si celui-ci fonctionne normalement.Les spermatozoïdes sont fragiles et notamment sensibles à l’acidité qui peut les neutraliser (ne pas oublier que le vagin féminin est un environnement acide) mais c’est normalement le liquide séminal qui sert de bouclier contre l’acidité naturelle.

Voici un extrait d’une interview du docteur Philippe Touraine sur l’infertilité masculine :

Les causes mécaniques et environnementales

  •  Des testicules mal placés : il arrive que les testicules ne descendent pas dans les bourses et restent à l’intérieur du corps dans lequel il fait trop chaud pour que la spermatogénèse ait lieu.
  • Une atteinte de l’épididyme : le canal par où transitent les spermatozoïdes. Les testicules fabriquent bien les spermatozoïdes, mais c’est la distribution qui se révèle impossible. Cette anomalie des petits canaux efférents (fins canaux qui unissent le rete testis à l’épididyme) peuvent toucher les hommes ayant eu une infection comme les oreillons.
  • La varicocèle : c’est une dilatation de la veine du cordon spermatique, entourant chaque testicule. Elle augmente la chaleur locale et altère la fabrication des spermatozoïdes.
  •  Des problèmes d’éjaculation : le système fonctionne mais le sperme n’arrive pas à parvenir jusqu’à l’utérus. Cela peut être le cas lors d’éjaculation précoce (avant d’avoir pénétré sa partenaire). Le sperme est envoyé vers la vessie et non vers l’extérieur.
  • Des facteurs environnementaux : l’exposition aux pesticides ou à la chaleur excessive et trop fréquente des saunas et des jacuzzis, peuvent diminuer la fécondité en affectant la production des spermatozoïdes. Certains traitements anticancéreux comme la chimiothérapie et la radiothérapie limitent parfois la production de spermatozoïdes. De la même manière, un choc traumatique au niveau des testicules peut empêcher la production de spermatozoïdes pendant un délai variable.

Le tabac, l’alcool, le stress, l’obésité ou à l’inverse l’extrême maigreur sont autant de barrières à la fertilité chez l’homme et la femme.

Jean-Etienne CELLE

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