Prostitués. Source : Pixabay. Geralt.

Dans cet article, nous avons laissé la parole à Lucas, 21 ans. Il raconte la seule et unique fois où il a testé à la prostitution. Acte qu’il regrette profondément aujourd’hui.

« C’était il y a deux ans, à la fin de l’été 2018, vers la dernière semaine d’août. Je recevais chez moi un pote pour la soirée. Après le Ricard de l’apéro, la bière, le vin du repas, et le Génépi en guise de digestif, on était bien ! Ronds comme des coins en fait. Les canons aidant, il est bien connu que l’alcool délivre les secrets de l’âme, les tabous sautaient les uns après les autres. Nous en sommes venus à parler sexe et prostitution, sujet existentiel pour les hommes comme pour les femmes. Je lui ai confié que je n’avais eu aucune activité sexuelle avec une autre personne depuis plus d’un an.

Je me contentais, jusque-là, de la multitude de sites pornographiques qui occupe 25% du temps hebdomadaire de la jeunesse occidentale. Lui n’avait pas ce complexe, il avouait sans honte qu’il fréquentait des prostituées deux à trois fois par semaine. Étonné, je lui faisais la remarque qu’il devait se ruiner, j’imaginais que le sexe tarifé devait revenir cher. Mais pas du tout! « 30€ la passe d’un quart d’heure » m’a-t-il fait pour toute réponse. Suivi, immédiatement après, de l’idée du siècle : « Vas-y viens avec moi ! On y va ensemble demain soir, t’es chaud ? ». Je ne l’étais que très moyennement. Après quelques hésitations, à savoir cinq minutes, ma curiosité l’emportait. Rendez-vous était donné le lendemain soir, devant chez moi, où le copain passerait me prendre en voiture.

Le jour d’après, une sensation bizarre me creusait l’estomac depuis le réveil, j’étais stressé. Et pour cause, je ne savais absolument pas à quoi m’attendre ! Après plusieurs douches, du parfum coûteux, et des habits de soirée, j’étais fin prêt à aller courir ces femmes. Cela peut paraître ridicule aujourd’hui. Mais je me disais que la moindre des choses à faire, au moment de l’acte, serait au moins d’être visuellement agréable. D’ailleurs, quand mon pote m’a vu débarquer comme ça, il a rigolé à s’en casser les côtes.

Dans la voiture, je lui posais la question qui me brûlait les lèvres : « On va où ? », réponse du tac au tac : « À Perrache ! T’as tout ce que tu veux là-bas, des Africaines, des Slaves, des Latinos, des Asiatiques, et même quelques travelos ! ». Je lui demandais si c’était sans danger. « Bah…faut juste faire gaffe aux flics ». Rassurant.

On était vendredi soir, il était 23h30, il y avait plein de monde !

Lucas

Arrivés sur les quais, les premières camionnettes commençaient à apparaître sous la lumière jaunâtre des lampadaires. On gare la voiture un peu plus loin, puis on s’engage sur le « Chemin des dames », qui consiste en un trottoir complètement défoncé où l’on serpente entre les « pros ». C’était un vendredi soir, il était 23h30, il y avait plein de monde. On reconnaît facilement les habitués, qui marchent d’un pas tranquille, prenant leur temps, l’esprit calme.

Au contraire, les nouveaux, dont je faisais partie, avançaient d’une cadence rapide, repassant encore et encore sur ce « Chemin des dames ». Jetant des coups d’œil furtifs vers les prostituées qui les aguichaient, et surtout qui essayaient tant bien que mal de cacher leurs visages (capuches, sweats en plein été). Imaginez un peu croiser, « par hasard », un collègue de boulot, un ami, ou pire, un membre de votre famille. Écrasés par la peur, ils avançaient voûtés, comme des bossus.

Enfin, il y avait une troisième catégorie, j’ai nommé la petite délinquance. Eux, y allaient en bande, de cinq ou six généralement. Ils criaient, discutant les prix, en tentant de négocier des passes à plusieurs. Ils étaient surveillés avec insistance par ce qui semblait être des maquereaux et leurs hommes de main. Comment appelleriez-vous des hommes aux têtes de criminels attendant à trois dans une voiture pourrie, fixant « Le Chemin des dames » pendant des heures ? Pas des flics en tous cas.

Ça été très certainement l’un des quarts d’heure les plus longs, et les plus malaisant de toute ma vie !

Lucas

Bref, mon pote ayant trouvé son bonheur éphémère, je portais mon choix sur une sud-américaine, guatémaltèque d’après ses dires. Elle était un peu plus jolie que la moyenne des autres filles, au moins elle avait toutes ses dents, elle. À peine rentré dans le fourgon, aménagé en mini-chambre, une odeur âcre et putride vous prenait au nez. Sorte de mélange entre du foutre séché et de la sueur rance, le tout saupoudré de tabac froid.

Attentionnée, en bonne professionnelle, elle essayait de me mettre à l’aise en plaisantant, un demi-succès, je me demandais ce que je foutais là. Après lui avoir filé mes 30 balles, c’était parti pour quinze minutes de folie.

Je me sentais sale, honteux, et surtout, salaud.

Lucas

Ça été très certainement l’un des quarts d’heure les plus longs, et les plus malaisant de toute ma vie. Impossible d’être à l’aise, on entend les bruits de la rue, des voitures, des autres clients, on a peur que la police débarque et de finir au poste. En GAV (garde à vue) pour « achat d’acte sexuel« , plus 1500 balles d’amende, la honte.

Lorsque ce pénible moment prit fin, je rejoignais mon pote, qui, lui, était tout content : « Alors ça t’a plu ? ». Je me sentais sale, honteux, et surtout, salaud. Salaud, car j’avais l’impression d’avoir profité d’une pauvre fille, importée du Guatemala par d’autres salauds pour livrer son corps. J’avais détesté ce moment, et en plus j’avais perdu 30€, la totale. Je n’ai pas arrêté d’y penser les jours d’après, et me suis juré que jamais plus, ô grand jamais, je ne retournerai sur le « Chemin des dames ».

Ça convient à d’autres, mais pas à moi ! »

Propos recueillis par Jean-Baptiste RAMAT

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