Contenu Netflix sur un ordinateur

Ancrée dans la société, et source de divertissement référence chez les jeunes, Netflix sexualise beaucoup ses contenus. Et elle ne s’en cache pas. La plateforme prône une politique ayant pour valeur les sexualités, le féminisme et le bodypositive. Une politique engagée qui peut (et veut) déranger, mais parfois maladroite.

Depuis le 7 janvier, c’est impossible de passer à côté. Pour la deuxième saison de sa série Sex Education, Netflix a vu les choses en grand. Annonces en grande pompe sur les réseaux sociaux, communication et publicités XXL. Mais pour la première fois, le diffuseur sort de l’écran et propose un contenu physique gratuit : un manuel pour (re)découvrir le sexe. Sur la couverture, Emma Mackey, l’actrice vedette franco-anglaise, la tête couverte des mots « Respect, désir, consentement, plaisir, protection, sexe, érogène, fantasmes ». Bref, le champ lexical de la série. 

Une provocation pas nécessaire

Parmi les différentes photos mises en avant dans les publicités, on peut trouver Emma Mackey montrer à quoi ressemble un clitoris. Mais aussi un (très) gros plan sur deux hommes s’embrassant. Pas illogique quand on connaît la série, qui aborde toutes les sexualités à l’époque de l’adolescence. Mais était-ce vraiment utile de montrer d’aussi près leurs bouches ?  Un plan moins rapproché aurait passé le même message, en étant moins provocateur et plus grand public.

Cette provocation, mais surtout cette volonté d’en faire trop sur les sexualités, c’est ce qui est de plus en plus reproché à Netflix. Certains vont même jusqu’à parler de propagande. Les mots sont forts, mais pas forcément déplacés. Oui, la plateforme n’hésite pas à insérer un maximum de types de sexualités dans tous ses programmes, parfois en dépit du bon sens, ou de l’intrigue. À croire qu’il y a des quotas.

Des quotas, vraiment ?

Exemple type. Au vu du succès colossal des deux premières saisons de La casa de papel, la série est renouvelée pour deux ans. Pour pallier le départ de certains personnages, d’autres arrivent. C’est le cas de « Palerme » (ils ont tous un nom de ville pour préparer leurs braquages). On ne tarde pas à apprendre que ce dernier est homosexuel, ce qui n’est évidemment pas un problème. Le problème, c’est la manière de le dévoiler, puis de le développer. C’est simple, un épisode entier y est consacré. Intitulé « Boum, boum, ciao », il coupe littéralement l’intrigue pour vanter les bienfaits de l’homosexualité. Entre hommes, plus précisément, où l’amour ne sert à rien quand il s’agit de coucher. Un désastre qui en a dégoûté plus d’un.

Autre détail. Sur sa plateforme, Netflix propose une catégorie « LGBTQ+ ». De deux choses l’une : soit ces programmes sont destinés à cette communauté uniquement, soit le contenu est basé uniquement là-dessus. Évidemment ce n’est pas la première proposition. Mais ce n’est pas une hérésie pour autant. Est-ce normal que le seul trait de caractère de certains personnages soit leur sexualité ? Clairement pas.

Un paradoxe de traitement

Ce qui est paradoxal, c’est que dans d’autres cas, Netflix insère très intelligemment les sexualités dans ses contenus. Reprenons le cas de La casa de Papel. Un autre personnage, « Helsinki » est homosexuel. À aucun moment il n’y a eu de coming-out forcé, ou de lourdeur sur le sujet. Bien au contraire, le personnage a été développé avec subtilité pour que ça ne soit qu’une simple facette de ce qu’il est vraiment. Autrement dire, la réalité. Si la sexualité peut définir une personne, personne ne peut-être résumé à sa sexualité.

Dans d’autres séries, la sexualité n’est pas utilisée comme un simple accessoire ou un arc narratif, mais comme un moyen de dénoncer. C’est le cas dans 13 reasons why. Cette série est devenue mondialement connue pour son engagement contre le harcèlement sexuel, et le viol, entre autres.

« Les quotas dépendent du sujet »

Revenons-en à notre interrogation initiale sur les quotas. Pour y répondre, nous avons tenté de contacter des directeurs de casting. Malheureusement, aucun n’a pu nous éclairer. Ils ont tous signé un accord de confidentialité, qui ne peut être rompu même une fois la série terminée. Victor Pelletier, jeune comédien casté pour la série Mortel a pu nous confier les coulisses de son audition : « Ils m’ont repéré sur Instagram, car je correspondais au physique d’un des personnages. On m’a demandé si j’avais regardé Stranger Things, car c’était en quelques sortes la version française. On ne m’a posé aucune question sur ma sexualité ». Victor n’a finalement pas été retenu. Et même si, dans son expérience il n’a pas été question de sexualité, il a des doutes : « Je pense qu’il y a des quotas mais que ça dépend du sujet traité dans une série ».

C’est la nuance qui fait toute la différence ! La présence d’un personnage homosexuel doit se justifier naturellement dans le scénario. Mettre des homosexuels pour mettre des homosexuels, par exemple, c’est là que ce serait un scandale. Netflix ne franchit pas cette porte. Il peut parfois y avoir des maladresses dans l’écriture de certains personnages, mais ça en reste là.

Un contenu adapté à sa cible

Et puis, la présence appuyée des sexualités sur Netflix répond à une logique vieille comme le monde. On adapte son contenu en fonction de sa cible. Or, 77% des 18-29 ans sont des consommateurs. Et ce sont les plus assidus. C’est un public jeune, ouvert d’esprit, davantage conscient des différentes sexualités. Peut-être même directement concerné ou investi dans des causes comme le féminisme. Cette tranche d’âge veut voir des personnages de toutes les sexualités, et elle est servie. 

C’est ce principe qui pousse Netflix à sexualiser tous ses contenus. Parfois de manière plus ou moins crue. Des scènes plus suggérées dans des séries d’ados, et plus réalistes dans d’autres, comme Chroniques sexuelles d’une famille ordinaire

77% des 18-29 ans sont sur Netflix

Statista

Tout comme un média peut avoir un avis politiquement à gauche ou à droite, Netflix a une politique éditoriale. « Je pense que la position de Netflix est un extrême, mais je pense aussi que Netflix est extrême dans tout ce qu’ils produisent, il n’y a jamais de demi-mesure, témoigne Victor Pelletier. Et c’est sûrement pour ça que ça plaît et que ça fonctionne, rien n’est pris avec des pincettes, quand ils veulent dénoncer, ils dénoncent. Netflix prend la société comme elle est avec ses codes et ses normes et propose un contenu qui veut faire bouger certaines choses. »

Une éducation fictionnelle

Un engagement qui dérange. Thérèse Hargot, notamment. La sexologue a écrit lundi dans une tribune au Figaro : « Le sexe se vit ailleurs et pour soi, conséquence obligée de l’éducation servie. Résultat des courses, on observe une diminution drastique des relations sexuelles au sein des couples, surtout chez les jeunes. Une aubaine pour Netflix ! Ce qu’ils font désormais dans leur lit ? Ils regardent des séries ».

La faute est-elle alors de Netflix, ou du spectateur, incapable de différencier fiction et réalité ? Il faut garder à l’esprit que si la plateforme veut proposer un contenu plus proche de la société actuelle sexuellement parlant, ça n’en reste pas moins du divertissement. Pour Victor Pelletier, la politique de Netflix n’est « pas éducative mais rééducative ». On n’apprend pas la sexualité en regardant une série ou en lisant un manuel qui, même s’il est bien fait, est une opération de communication. Le mieux reste de consulter des spécialistes, même si c’est moins glamour.

Emile GILLET

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