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Jean, étudiant parisien, nous raconte les débordements étudiants auxquels il a déjà été confronté. Sexe, drogues, alcool, et mauvaise foi des écoles sont au menu.

Salut Jean, en préambule, tu pourrais te présenter, toi, ton parcours, ton / tes école(s) ?
Jean : « J’ai 24 ans, j’ai un parcours un peu atypique, j’ai fait un an en école de commerce, puis quatre ans en Digital Management, et actuellement en Master de communication digitale. Le tout à Paris. »

On parle beaucoup des légendaires soirées de débauches des facs de médecine, qu’en était-il dans ton école ?
« Sans tomber dans l’outrance des soirées de médecine, où tout le monde vomit sur tout le monde, l’école de commerce a ses codes. En plus des soirées typiques : boîte, alcool, baise, puis retour maison, il y a des événements à ne pas rater, j’ai nommé la semaine d’intégration. Cinq jours pour découvrir tout le sel des soirées étudiantes, les étudiants copulent dans tous les coins, l’alcool met tout le monde d’accord.

La drogue aussi, il y a toujours des étudiants qui arrivent avec de la cocaïne pour remplacer le petit joint. La soirée de fin d’année, qui couronne les Master 2, commence en soirée dansante avec les parents. Dès ceux-ci partis, la débauche peut s’ouvrir, d’ailleurs la soirée se passe en campagne, c’est pas pour rien.

Le seul but de ce genre de soirée était de se faire une réputation, de montrer qu’on était capable de tenir !

Jean

Il faut aussi dire qu’aujourd’hui, les lycéens font parfois des trucs du même acabit (même genre). En fait, c’est plutôt l’échelle et le déroulement des soirées qui m’a étonné. Une soirée typique : 250 personnes, le mec le moins saoul est à deux grammes, ça baise dans les chiottes, et même dans le fumoir ! »

As-tu eu connaissance d’actes de bizutage dans ton entourage étudiant ?
« Il y avait des situations humiliantes, la fameuse « Danse du Limousin » où l’on doit progressivement enlever ses vêtements. On finit à poil devant des dizaines de personnes hilares. Sur le moment, on est légèrement réticent, mais puisque tout le monde le fait, c’est une sorte de marque d’appartenance. C’est très dur de refuser, car sinon tu es mis au banc de la micro-société étudiante de l’école.

Ce ne sont pas des bizutages aussi violents, physiquement comme mentalement, qui peuvent parfois arriver chez les pompiers ou dans l’armée. Mais c’est très pervers, puisque tu as besoin de ça pour te faire accepter. »

Pendant mon Bachelor, on avait un directeur et une sous-directrice qui étaient de toutes les soirées, alors qu’ils avaient la cinquantaine !

Jean

Y a-t-il eu des situations de harcèlement sexuel ?
« Étonnamment, j’ai rarement évolué dans un milieu avec une égalité sexuelle aussi forte. Comme tout le monde couche avec qui bon lui semble, il y a cette fameuse règle : si la fille de ce soir ne veut pas coucher avec toi, le lendemain il y en aura une autre qui voudra bien ! Ce n’était pas la peine de forcer quelqu’un à quoique ce soit. Dans tous les cas, tout le monde voulait expérimenter, c’est très malsain évidemment !

Pendant mon Bachelor, on avait un directeur et une sous-directrice qui étaient de toutes les soirées, alors qu’ils avaient la cinquantaine ! Ils se tapaient des élèves, on s’est rendu compte au bout de quelques mois qu’ils avaient aussi une relation entre eux, alors qu’ils étaient mariés. Les réactions des écoles dans ces cas-là, si ça ne concerne que les élèves, on n’en parle pas s’il n’y a pas de plainte déposée. En revanche, quand les professeurs ou des employés de l’école sont impliqués, on étouffe l’affaire et on les vire discrètement. Surtout ça ne doit pas arriver à l’oreille des parents, la réputation de l’école est en jeu ! C’est terrible quand on y pense… »

Connais-tu des gens qui ont quitté leur milieu étudiant, voire leurs études, à cause de ces comportements ?
« Oui, en l’occurrence, j’en ai connu deux, trois, moi y compris. On a tous quitté l’école de commerce, on n’avait pas la bonne tournure d’esprit pour participer à ces trucs-là. Quand tu viens de passer un an dans toutes les soirées, tu te rends compte que c’est un vrai milieu de névrosés ! Participer ça n’apporte rien, à part une forme factice de reconnaissance sociale. Ça a tendance à fatiguer, un des deux gars est rentré en dépression. Il avait l’impression d’avoir perdu un an de sa vie. La pression est énorme, il faut avoir la dalle à tous les niveaux (alcool, sexe, drogues…).

Il faut un certain courage, quand on est à fond dedans, assumer les soirées et tout ce qui va avec, puis bosser ses cours jusqu’à pas d’heure pour réussir son année. C’est un état d’esprit très particulier, qui ne m’allait absolument pas. La dynamique était trop destructrice. »

Penses-tu que les écoles, voire les étudiants, se voilent la face sur ce genre de problèmes ?
« Je ne sais pas si on peut parler de se « voiler la face », mais il y a ce genre de comportement dans toutes les écoles. Il y a des histoires toutes plus incroyables les unes que les autres !

On entretien une dynamique hyper malsaine de « réussite sociale ». Elle passe par le sexe et l’alcool, voire les stupéfiants, c’est à qui sera le plus débauché

Jean

Par exemple, un type de ma classe, très sympa, mais un vrai « fils à papa ». Le genre à se faire déposer tous les matins en taxi à l’école. Parti en soirée un vendredi soir, il s’est réveillé le lendemain dans un avion direction l’Australie. Il ne se souvenait de rien, à part qu’il avait couché avec la fille d’un homme d’affaires de Nouvelle-Zélande, qui voulait passer le week-end en Australie. Le tout à six grammes.

Je le redis, tout le monde sait ce qu’il se passe, soyons honnêtes, les événements « graves » arrivent peu souvent. Du coup, on entretient une dynamique hyper malsaine de « réussite sociale ». Elle passe par le sexe et l’alcool, voire les stupéfiants, c’est à qui sera le plus débauché. À contrario, la réussite scolaire importe peu, ce n’est pas un facteur de succès. C’est un système en place depuis longtemps, la question est : quand les comportements deviennent dangereux, quelle est la solution ? »

Jean-Baptiste RAMAT

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