Hyper sexualisées ou au contraire invisibilisées sur le marché de la drague, les personnes grosses doivent lutter pour vivre leur sexualité et leur désirs comme elles le souhaiteraient. L’instagrameuse belge CorpsCools milite pour une représentation juste, dans la société, des personnes grosses.

Tu es tellement drôle que je t’aime malgré ton corps. »
Au quotidien, les personnes grosses sont réduites à leur corps et soumises à un manque de représentation ou des représentations faussées. Et ce sont des représentations négatives : paresse, malbouffe, mauvaise hygiène, laisse-aller, balourdise, sottise. « Le corps est moralisé dans notre société donc la représentation qu’on nous impose a un impact très important, explique CorpsCools, alias Pelphine, le fait d’être uniquement défini par son corps amène à se dévaloriser. On pose des interdits sur nos désirs sexuels et souvent, on cherche aussi à compenser. Par exemple, certaines personnes grosses qui ont une relation avec une personne qui ne l’est pas, ont peur d’être quittées et cherche à en faire toujours plus dans la relation. Notamment en voulant être drôle. La dépendance affective s’installe vite. Beaucoup de gens témoignent d’une grande vulnérabilité. »
Les gens gros sont aussi impactés par leur représentation dans l’univers du porno.

Il y a une fétichisation des corps gros. Ils sont objetisés. Et ça se retrouve dans la vie réelle. De la même manière que certains veulent faire l’amour avec une personne noire, d’autres veulent le faire avec une personne grosse.

Des corps cools contre des désirs écartés

Présentée par le média Vice comme l’une des activistes belges qui a marqué l’année 2019, Pelphine crée depuis un an sur Instagram, ce qu’elle appelle sa « bibliothèque, pour recenser tout ce qui est dit et écrit de cool », sur le corps et le corps des gros. Elle milite par le positif : « Je veux aussi parler des bonnes choses, des belles relations, des mesures qui avancent, pour ne pas encore une fois qu’on réduise les personnes grosses à des images dégradantes. » Pour elle, c’est une démarche essentielle car le matraquage des clichés est tel que les gens gros eux-mêmes les intègrent. Ne pas avoir autant de rapports sexuels que les autres, être un choix par défaut etc.
Pelphine insiste aussi sur la représentation véhiculée par les médias. Pour elle, ils réduisent les personnes grosses à des sujets médicaux. La santé mais jamais la sexualité. Et même chez des médecins, la discrimination est ancrée. Ainsi, Jean-Pierre Després, directeur scientifique au Centre de recherche sur les soins à Laval, au Québec, dénonce l’amalgame des professionnels entre les graisses molles et les graisses viscérales.

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La story de ce week-end a été tellement partagé que j'ai pensé que la transformer en post pouvait être utile. Aussi j'ai reçu tant de messages parlant de ces mêmes peurs, de cette même anxiété que j'ai imaginé que les commentaires pourraient être un bon espace pour partager vos vecus, pour se sentir moins seul.es. (Même si ça fait deux posts à la suite qui s'épanchent un peu) Ici, j’essaye de toujours militer par la positive, j’essaye de montrer les choses cools faites et dites. Et même si c’est, au fond, juste un angle pour aborder les choses qui me rendent folle, je fais comme ça parce que ça parle mieux de comment je vois les choses. Mais aussi, parce que c’est une façon de me préserver de toute la violence. J’admire des meufs comme Shérazade de @stopgrossophobie pour sa capacité à accueillir la parole parfois si dure des concerné.es. Je sais que ce n’est pas toujours simple pour toi, mais merci de le faire pour nous. Si je dit ça aujourd’hui, c’est parce que je suis retombé sur la violence dont avait été victime @viginiegrossat en postant des photos d’elle, belle et assurée. J’ai hésité, mais j’ai pensé important d’en repartager certains morceaux (cf image 2). Dans le flot de commentaires horribles, la grande majorité fait référence à la supposée mauvaise santé de Virginie. Avec une violence inouïe les gens posent des diagnostiques médicaux et disent s’inquiéter (sous-entendant qu’ils sont violents pour son bien). Pourtant, quand on s’inquiète vraiment,il est assez facile de trouver des regards de médecins bienveillants et intelligents sur ces questions. Et surprise corréler poids et mauvaisesanté (comme on l’a longtemps fait, comme ces gens le font) ne fait pas sens. Pas plus que penser que la violence pourrait aider à maigrir. Je vous met quelques extraits de l’éclairant article de Marie-Hélène Proulx sur ce sujet (cf image 3 et 4). Mais je ne vous l’apprends pas, ces gens ne s’inquiètent pas pour notre santé, ils sont dégoûtés. Jamais vous ne trouverez pareille violence sous la photo d’un fumeur ou d’un alcoolique. L’accepter serait le premier pas pour le déconstruire. Mais, en vrai, c’est un autre sujet. (La suite en commentaire)

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Du bricolage pour les menstruations

L’intimité des gros⋅ses (comprend les femmes et les hommes transgenres), et par là leur épanouissement relationnel et sexuel, est aussi malmenée à travers la question des menstruations : « Peu de gens le savent mais il est difficile pour les gros⋅ses de mettre des tampons sans applicateur ou des cups à cause du ventre et du mouvement à faire. Sauf que les serviettes ne sont pas non plus adaptées car de petite taille. Souci similaire avec les culottes menstruelles qui reproduisent la même exclusion malgré leur positionnement féministe. Elles ne sont pas conçues pour des corps gros. Donc on se retrouve à faire des découpages, des collages…on bricole ! »
La posture de Pelphine est très politique. Il ne s’agit pas tant de parler d’acceptation de soi que de faire changer le fonctionnement de la société :

Chaque corps doit avoir les mêmes droits.

Fat activism VS body positive

Pelphine tient à faire la distinction entre ces deux termes et prises de position car pour elle, le mouvement body positive a été avalé par le capitalisme et vidé de toute forme de radicalité : « En plus de diffuser une injonction plutôt violente « Aime ton corps » pour ceux qui n’y arrivent pas, le mouvement passe à côté du problème qui est la discrimination systémique des gros par une société qui ne se construit ni pour, ni avec eux. Cela va des chaises trop étroites, aux tenues de travail inadaptées, aux choix de vêtements très réduits. »

En France ou en Belgique, on observe de plus en plus de personnes concernées mais il y a encore très peu d’associations. On peur citer le collectif GrasPolitique qui organise différents événements. On peut aussi citer FranceCulture comme média qui propose un reportage pour sortir des clichés.

Sophie REPOUX

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