Marthe Richard

Le 13 avril 1946, la loi Marthe Richard abolit les maisons closes. C’est la fin d’un vieux système datant de 1804, qui donnait une existence légale aux bordels et qui cachaient les prostituées à l’ère de la bourgeoisie.  Cette loi a rendu la prostitution moins visible sans pour autant la supprimer.

La genèse de la loi

Le 13 décembre 1945, Marthe Richard dépose devant le conseil municipal de Paris un projet visant la fermeture des maisons closes. Dans son discours, elle ne vise pas uniquement les prostituées mais la société qui est « responsable de la débauche ». La mafia qui bénéficie de la prostitution réglementée est aussi montrée du doigt. Elle en profite pour rappeler que le milieu de la prostitution est lié à celui de l’occupation, pendant la guerre.

Sa proposition est votée le 20 décembre 1945. Le préfet de police de l’époque, Charles Luizet, décide de fermer sans préavis les 190 maisons closes du département de la Seine dans les trois mois.

Bien décidée à aller au bout de son idée, Marthe Richard se lance dans une campagne de presse nationale pour faire fermer toutes les maisons closes du pays. Elle est soutenue par le Cartel d’action sociale et morale et Robert Prigent, alors ministre de la Santé publique et de la Population.

Le 9 avril 1946, le député Marcel Roclore conclut à la nécessité de la fermeture de ces maisons closes. La proposition de loi est votée quatre jours plus tard à la chambre des députés.

Les conséquences de cette loi

En 1946, à la radio, Irène Joliot-Curie s’inquiète des conséquences de la fermeture des maisons closes pour les prostituées. « Il faut que ce métier soit effectivement supprimé, ou bien il faut qu’il soit considéré comme un autre métier. Un métier que l’on exerce non pas dans l’atmosphère trouble qui règle actuellement mais dans des conditions ordinaires avec des assurances sociales, l’inspection du travail… » 

Elle n’avait pas tort. Encore moins encadrée, la prostitution se fait exclusivement dans de mauvaises conditions. Certains comme Jean Yanne (acteur, écrivain, réalisateur) regrette même le temps des maisons closes.

En 1973, Marthe Richard en personne souhaite la réouverture des maisons closes qu’elle avait fermées 27 ans plus tôt. Ces dernières ne rouvriront pas. Toutefois, les mesures à prendre, entre délit de racolage et pénalisation des clients prouvent que 74 ans après cette loi, le problème n’est toujours pas réglé.

Nos voisins européens

Voici une petite carte pour comprendre le problème de la prostitution chez nos voisins européens.

Légende :

Vert : légale et encadrée / Bleu : illégale / Gris : légale mais usage interdit Rose : légale mais limitée

Une ancienne prostituée au cœur du combat ?

Marthe Richard, de son vraie nom Marthe Betenfeld, est née dans une famille modeste. Après quelques années dans une institution catholique, elle devient à quatorze ans apprentie culottière. En 1905, elle fugue une première fois avant de se faire arrêter par la police pour racolage. Ramenée chez ses parents, elle s’enfuit du domicile familiale une deuxième fois. Elle se retrouve à Nancy ou elle tombe amoureuse d’un soi-disant sculpteur qui était en réalité un proxénète. Marthe Richard devient alors prostituée sur le trottoir avant d’intégrer les bordels à soldats. Elle est alors contrainte d’effectuer 50 relations sexuelles par jour.

Le One Two Two était une maison closes réputée de la capitale

Comme de nombreuses prostituées du début des années 1900, elle attrape la syphilis. Renvoyée du bordel de Nancy pour avoir transmis la maladie à un soldat, elle s’exile à Paris. Elle devient prostituée d’un établissement de standing où elle fait la rencontre de son futur mari en 1907.

Après cette rencontre, elle arrête la prostitution. Sa vie devient plus sérieuse. Dans les années 1910, elle se lance dans l’aviation. Elle devient la sixième femme à obtenir le brevet de pilote en France. Avant de faire de la politique, il semblerait que Marthe Richard soit devenue espionne pour l’armée française. Toutefois, aucun document ne le prouve. C’est en tant que conseillère dans le 4ème arrondissement de Paris qu’elle propose cette loi sur l’abolition des maisons closes.

Jean-Etienne CELLE

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