Origine du monde Gustave Courbet

Aujourd’hui, le corps sans poil, notamment chez la femme, reste la « norme ». Face à ce constat, nous avons rencontré quatre personnes qui ont décidé de garder leur pilosité pubienne. Elles nous ont parlé de leur choix, de leur manière d’appréhender leur sexualité et le regard des autres.

Il semble que l’on n’ait plus besoin de le rappeler, les poils ne sont pas sales, comme l’a tweeté récemment le compte « Les Rappels Féministes » (ci-dessous). Les garder ou les retirer relève donc d’un choix.

Les poils ne sont d’ailleurs pas là par hasard, comme l’expliquait, entre autres, le docteur Frédéric Saldmann dans une émission sur RTL.

Décomplexe by ISCPA a rencontré Leïla, 20 ans, Émilie, 38 ans, Benjamin 20 ans, et Lu’, jeune non-binaire de 25 ans (qui ne se sent ni femme, ni homme), qui gardent généralement leurs poils.

« Si ça te pose un problème on ne va pas plus loin »

Du point de vue de leur sexualité, les témoins ne se sont pas heurtés à des difficultés particulières du fait de garder leurs poils. Leïla par exemple, garde ses poils sous ses aisselles, sur le maillot et sur ses jambes. Elle est en couple depuis quatre ans et ne s’est même pas posé la question. Les choses se sont faites naturellement. De son côté, Émilie garde entre autres ses poils sur le pubis. Pour autant, leur présence ne freine pas certaines pratiques comme le cunnilingus.

« Comme je le revendique et que je l’affiche un peu, la personne n’a pas de surprise. »

Lu’

Actuellement, Lu’ n’a pas non plus de mal à s’exposer : « Comme je le revendique et que je l’affiche un peu, la personne n’a pas de surprise. Après, quand on « attaque », je lui dis : Si ça te pose un problème, on va pas plus loin c’est pas la peine de forcer. » Pour l’anecdote, Lu’ est d’ailleurs déjà tombé.e sur un homme « anti-poil », épilé de la tête aux pieds, « sans déconner, crâne pratiquement rasé, pas de barbe, pas de poils sur les bras etc. » Alors que Lu’ laisse tout « en friche », cet homme lui exprime son envie de tenter l’expérience bien qu’il ne supporte pas les poils. Et finalement, il adore : « Il s’est rendu compte que la pilosité au niveau du maillot ça le rendait dingue, ça lui augmentait le plaisir et les sensations de ouf ! » Un déclic pour Lu’, qui a définitivement arrêté de se stresser par rapport à ses poils.

« Je ne m’étais jamais senti.e aussi sexy que depuis que j’ai des poils »

Toutes les personnes qui ont témoigné n’ont pas toujours gardé leurs poils. Les raisons de ce choix sont diverses. Pour Lu’ « un ras-le-bol d’avoir mal » et une volonté de se réapproprier son corps. Finalement, c’est « une sorte de militantisme ». « Je ne m’étais jamais senti.e aussi sexy que depuis que j’ai des poils sur les jambes et ailleurs », explique Lu’. Émilie et Leïla aussi évoquent un choix militant : « Je me documente de plus en plus sur le féminisme, et ses valeurs, sur les dictats du corps de la femme, j’ai fait évoluer ma façon de penser », précise Émilie, qui a le sentiment d’avoir repris le contrôle sur son corps. Mais à la base, pour Leïla, c’était surtout par « flemme » de l’épilation.

« Je trouve ça dommage de genrer et sexualiser le poil. »

Lu’

Les témoins évoquent d’ailleurs tous un « modèle », une « représentation sociale de la femme » qui persiste : « Le poil n’est pas synonyme de féminité dans la société, je trouve ça dommage de genrer et sexualiser le poil », ajoute Lu’.

« J’ai envie d’être respecté.e dans mon choix »

Tous sont clairs : si leur partenaire leur demandait de retirer leurs poils, la réponse serait non. Le dernier partenaire de Lu’ était dégoûté par les poils. « Mon premier réflexe, ça a été de vouloir les tondre, et je me suis rendu compte que ça me faisait repartir en arrière, que ça me réveillait des complexes, explique Lu’. Les poils font partie de moi. Je respecte les gens qui n’en ont pas et qui choisissent de ne pas en avoir, mais du coup j’ai envie d’être respecté.e dans mon choix. »

Pour Benjamin en revanche, qui garde ses poils au niveau des jambes, il peut y avoir discussion : « Je pense qu’il faut respecter les envies de son partenaire, du moment qu’il n’influence pas nos convictions. » En effet, il enlève la plupart de ses poils. C’est un choix purement esthétique.

Finalement, pour Lu’, ce qui compte, c’est de garder à l’esprit qu’on est comme on est : « La question c’est toujours : si je décide de m’épiler, pourquoi je le fais ? Est-ce que je le fais pour moi ? Pour faire comme les autres ? Pour faire plaisir à quelqu’un ? »

Comme dirait Lu’ : « Les humains sont poilus, le poil fait l’humain », une réflexion au poil.

Prescillia BOISSEAU

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