la polygamie aspect culturel et religieux

La polygamie est un régime matrimonial qui permet à un homme d’avoir plusieurs épouses. En France, cette pratique est illégale même s’il existe des formes d’union hors mariage similaires comme le polyamour. Le plus souvent pratiquée dans les pays musulmans, elle connaît un retour en France et dans les pays d’Afrique subsaharienne dits « laïcs ».

Tout d’abord, dans l’imaginaire collectif, la polygamie est associée à l’islam. À la suite de témoignages et de documents, elle existait déjà chez les hindous, chez les zoroastriens et les juifs. Elle était même tolérée dans l’Ancien Testament. Néanmoins en islam, la loi islamique autorise à prendre pour épouses légitimes jusqu’à quatre femmes. Il faut cependant rester équitable. La règle reste la monogamie. La polygamie est une exception qui s’applique, à condition de respecter ses femmes mais aussi l’équité entre elles.
Ici, être équitable veut dire que le mari doit consacrer les mêmes droits à chacune de ses épouses : équité dans le temps passé avec chacune d’entre elles, équité financière, équité dans l’estime et l’amour. Il est obligé d’honorer chacune de ses femmes en ayant des rapports sexuels avec elles pour leur donner du plaisir. Aucune préférence, même légère envers l’une d’entre elles, ne peut être admise.

La polygamie se veut une manifestation de puissance, et d’abord de puissance sexuelle de la part de l’homme qui contrôle la femme. Mais elle a également été le signe d’un pouvoir politique.
Le fait de posséder un « harem » (à l’origine, espace sacré en arabe) de femmes ou de séduire plusieurs femmes ramenait à une position de pouvoir. Cette pratique pouvait être aussi utile pour ces hommes puissants, pour leur assurer une descendance.

Une pratique qui met en avant la puissance de l’homme

Au Sénégal, Etat laïc peuplé majoritairement de musulmans pratiquants. La polygamie y est interprétée comme une prescription divine, dans un pays où l’infidélité est monnaie courante. La pratique de la polygamie permet de camoufler ces infidélités en passant par la religion et en épousant ses maîtresses. Une hypocrisie latente qui conditionne les hommes à être tout aussi performants sur le plan sexuel. Cela leur permet de montrer leur puissance. Mais tout cela conduit certaines femmes à subvenir sexuellement au plaisir de l’homme sans pour autant penser à leur propre plaisir. Un débat qui a fait polémique à Dakar en 2019, avec le succès de la série Maitresse d’un homme marié qui dénonce les dérives de cette pratique. Elle était accusée d’inciter à la « fornication et à l’adultère même si le mari arrive à subvenir aux besoins de ses épouses et de ses enfants. Les co-épouses se mettent naturellement dans une position de concurrence. Concurrence qui peut aboutir à des violences physiques ou psychologiques et détruire des familles », raconte Cheikh.

Du fait de son expérience familiale, il sait que la polygamie est souvent négative et apporte généralement des problèmes. Certains vont justifier cette pratique en énonçant des versets du Coran et rétorquer qu’il faut respecter la religion. D’autres vont justifier la polygamie par la tradition. Leur père ou leur grand-père était polygame donc il faut qu’il perpétue la tradition en l’étant aussi.

Pour la plupart, ce sont des discours venant d’hommes qui veulent véhiculer leur virilité par des messages machistes. C’est le cas de Demba, aussi membre de l’association des Étudiants Sénégalais de Lyon. Il estime qu’il y a plus de femmes que d’hommes donc c’est normal que l’on prenne plusieurs femmes. 

« Cela évite que les femmes se retrouvent seules à un certain âge et en plus, l’homme peut l’aider financièrement. »

Demba, membre de l’association des étudiants sénégalais de Lyon.

Pourtant ces deux garçons ne sont pas pratiquants. Mais ils ont grandi dans un environnement culturel dans lequel la polygamie est naturelle et légitime. Hakim est issu d’une famille maghrébine et musulmane pratiquante. Il n’a pas grandi dans un contexte familial où il a pu côtoyer des personnes polygames. Cependant, pour se revendiquer comme un « bon musulman » et faire honneur à sa famille, il envisage de se marier et de prendre plusieurs épouses. Ces témoignages ne sont pas anodins. En France en 2018, on comptait environ 30 000 familles qui pratiquaient la polygamie. D’après l’écrivain Patrice Rollet dans La polygamie en France, on constate une augmentation de la pratique. En 2015, près de 20 000 foyers pratiquaient la polygamie selon le Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Malgré son interdiction en France, il est difficile de ralentir les personnes immigrées car c’est un aspect culturel de leur identité que l’on ne peut pas contrôler.

Une pratique culturelle qui touche tous les milieux

Les propos peuvent surprendre. Surtout quand on sait que des groupes féministes ou des femmes comme la sociologue sénégalaise Fatou Sow lutte contre cette pratique depuis les années 1970. Aujourd’hui, certaines femmes l’assument et même le revendiquent fièrement. Peut-être par pression sociale ou par défaut mais on tend vers une augmentation des foyers polygames, également au Sénégal. Alors que le président sénégalais Léopold Sédar Senghor faisait entrer la monogamie dans le code de la famille en 1972, en outre lors du mariage. L’homme doit choisir s’il veut être dans un mariage polygame ou monogame et doit se « concerter » avec sa future épouse.

A Lyon, Fatou est diplômée d’une double licence en Science politique et Droit international. Elle est d’origine guinéenne. Pour elle, il inconcevable d’accepter de vivre dans un mariage polygame : « Des femmes se sont battues pour l’égalité entre les hommes et les femmes et aujourd’hui, je vois des filles de mon âge qui cautionnent encore cette pratique. » Le contexte familial et l’expérience font que certaines choisissent aussi cette pratique par défaut. Le fait de suivre de longues études quand on est une femme ou de privilégier sa carrière peut encore être un frein pour la vie de couple, en France comme au Sénégal. Certaines femmes privilégient donc ce mariage pour éviter les remarques oppressantes. Caroline Pochon raconte dans son livre Deuxième Femme son expérience de la polygamie en tant que femme française au Sénégal.

Malgré les ravages psychologiques et physiques de cette pratique, elle se développe de plus en plus. Le Sénégal et la France sont deux sociétés différentes, deux pays où les notions qui tournent autour de la famille et du couple divergent. Mais on constate qu’un fort ancrage culturel se dessine sur ces deux pays.

Luana PAULINEAU

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