Hippie, déluré, bizarre, drôle, inutile, intrigant… Les réactions sont multiples et souvent contrastées sur l’écosexe. Entretien avec Isabelle Carlier, réalisatrice d’un documentaire sur l’écosexe, pour mieux comprendre le sujet.

Dans un précédent article, nous vous faisions découvrir le mouvement écosexe. Pour approfondir la question, nous avons demandé à Isabelle Carlier, réalisatrice du documentaire Ecosex, a user’s manual, de nous raconter son expérience et sa vision de cette pensée qui embrasse écologie, liberté et sexualité.

Comment définiriez-vous l’écosexe ?

Isabelle Carlier : « L’écosexe, c’est se demander comment on vit. L’écosexe, c’est considérer notre relation aux autres et à notre environnement comme une relation de partenariat. Il n’y a plus de dominé ou de dominant. Lorsqu’Annie Sprinkle dit qu’il faut passer de la terre comme mère à la terre comme amante, c’est ce que ça signifie. En anglais c’est mother to lover.
Ensuite les modes de communication et d’échange peuvent être différents pour chacun. C’est pour ça qu’il n’y aucune règle autour de la sexualité. C’est réducteur de présenter l’écosexe comme « faire l’amour avec la nature ».
Je veux aussi insister sur l’importance de la joie dans le mouvement. C’est mis en avant comme un élément fondamental pour bien vivre. On ne se rend pas compte que l’on éprouve du plaisir, souvent sensuel, avec beaucoup de choses et tout le temps. »

Quelle a été votre démarche pour la réalisation de votre documentaire Ecosex, a user’s manual ?

« Il y a eu deux motivations à mon départ aux États-Unis, à San Francisco, pour illustrer le mouvement écosexuel. J’avais rencontré Annie Sprinkle et Beth Stephens (figures de proue du mouvement) à Bourges à l’occasion d’un workshop autour de l’écosexe. Je devais documenter leur performance. Il était question de constituer des archives de l’événement.

« Ça amène à se questionner sur une façon de vivre, de manger »

Isabelle Carlier

Le résultat ne m’a pas satisfaite car il manquait la dimension politique. C’était trop contemplatif. J’avais donc envie de m’immerger dans leur quotidien.
Ensuite, il y avait un aspect personnel. Il se trouve qu’
à cette période j’ai eu un cancer. Leur mouvement est entré en résonance avec ce qui m’arrivait. D’une part, parce qu’Annie avait aussi eu un cancer et qu’elle a beaucoup travaillé sur la nécessité de la joie durant cette épreuve. D’autre part, parce que cette transformation dans mon corps sonne comme une alerte. Ça amène à se questionner sur une façon de vivre, de manger. Professionnellement, comme personnellement, j’avais besoin d’interroger mes modes de conception et de m’amuser. »

Pensez-vous que le mouvement se diffuse ?

« Oui, je vois beaucoup de jeunes artistes, notamment en Belgique, intégrer le sujet. Le collectif Porn Process par exemple s’en revendique. Si le mouvement s’est essentiellement développé aux États-Unis, c’est parce qu’il y a une forte communauté hippie et depuis un moment déjà. Il y a aussi un mouvement éco-féministe. C’est un pays plein de contrastes. Je me souviens avoir été emmenée à une messe d’obédience catholique avec Annie et Beth. Je me demandais comment écosexe et religion allaient s’harmoniser. Eh bien, on a assisté à un gospel incroyable, très joyeux, dont tous les membres appartenaient à la communauté LGBTQI+. »

Est-ce que les membres du mouvement Ecosexe à San Fransciso sont intégrés à la vie politique en général ?

« Oui, ils votent tous et ne vivent pas isolés. Mais leur réflexion sociale les amène à remettre en cause le système politique en place. C’est-à-dire qu’ils ne se retrouvent, ni dans les Démocrates ni dans les Républicains. »

Quels sont vos projets à venir ?

« Je travaille actuellement sur l’angle de la maladie via mon projet Curatoria.
J’ai aussi envie de réaliser un travail autour de trois femmes réalisatrices et de l’histoire des médias.
Concernant l’écosexe, je fais attention aux collaborations que l’on me propose. Annie Sprinkle et Beth Stephens également car on s’est rendu compte que l’approche du sujet est souvent clichée, à la recherche de sensationnalisme. »

Sophie REPOUX

Laisser un commentaire