En France, l’interruption volontaire de grossesse est autorisée depuis la loi Veil, promulguée en 1975. En 2018, environ 230 000 IVG ont été recensés chez les jeunes femmes de moins de 20 ans. Un chiffre qui tend à se stabiliser et à diminuer. L’avortement est l’ultime solution pour ces femmes qui font le choix de mettre un terme à leur grossesse.

Tout d’abord, seulement une femme, même mineure, peut avoir recours à l’IVG. C’est à dire que personne ne peut la contraindre à avoir recours à cette pratique. Elle seule peut en décider. Lorsque l’on a moins de 20 ans et qu’on apprend que l’on est enceinte, beaucoup de questions se posent. « Comment vais-je faire ? » Comment l’annoncer à ses parents ? « Est-ce que je suis en mesure d’assumer la responsabilité d’un enfant ? » Comment l’annoncer au père ? Des questionnements qui s’accumulent au fur et à mesure des jours, après l’annonce de la grossesse. Le regard des autres et notamment celui de la famille est souvent pris en compte. Qui peut connaître la réaction de ses parents à l’annonce d’une grossesse ? Qui plus est quand on est encore étudiante et qu’on n’a aucune situation financière et personnelle.  

A cet âge-là, les filles commencent à être conscientes de leur corps mais pas forcément des moyens de contraception : « On vit une histoire d’amour et pour faire plaisir au copain, on n’utilise pas de préservatif et bien sûr, on ne prend pas la pilule », raconte Sabrina, conseillère au Planning Familial de Vénissieux. Depuis cinq ans, elle constate toujours la même chose : « Les filles viennent pour faire un test de grossesse et à l’annonce du résultat, elles font leur choix. Pour certaines, il est vite vu. Ce sera l’avortement. »

Pour avorter, les filles hésitent de moins en moins

Il y a plus de campagnes de sensibilisation à ce sujet et les filles savent qu’elles peuvent être guidées par le Planning Familial. Le fait est aussi qu’elles font des études, elles savent qu’une grossesse peut être un frein à une future carrière professionnelle. Le sujet de l’avortement devient de moins en moins tabou. À l’école, les cours d’éducation sexuelle sont toujours aussi rares. Cependant, avec l’avènement des réseaux sociaux et des séries sur le thème de la sexualité, les jeunes filles s’informent de plus en plus. Elles sont aussi plus libres et décident pour elles-mêmes. La liberté sexuelle des jeunes filles est aussi différente dans un contexte social où l’on permet d’être libre de ses choix et de son corps.

Mais l’aspect psychologique est à prendre en compte quand on est aussi jeune. On pense être sûr de soi et mature mais la raison peut reprendre le dessus. Charlotte a fait le choix d’avorter quand elle avait 17 ans. Elle était en couple et vivait encore chez ses parents. Selon elle, c’était un choix « rationnel ». Pour autant, elle était amoureuse de son copain et rêvait d’avoir un enfant plus tard. Ce n’était pas prévu et elle ne pouvait pas en assumer la responsabilité. Plusieurs choix s’offraient à elle, selon l’avancée de la grossesse.

Charlotte a fait le choix de l’avortement…

Charlotte avait atteint six semaines depuis ses dernières règles. Elle a donc eu recours à une IVG médicamenteuse qui peut être pratiquée jusqu’à neuf semaines après le début des dernières règles : « J’ai rencontré une sage-femme qui m’a examinée et m’a expliqué la procédure. Elle m’a indiqué que je devais prendre un médicament qui allait interrompre la grossesse avant d’être hospitalisée une journée car il y a des effets secondaires. Ensuite, j’ai eu un entretien avec une psychologue pour être sûre de ma décision. Il fallait aussi que je lui explique ma situation amoureuse. » Après l’entretien, Charlotte fut littéralement chamboulée car la psychologue rentrait dans l’intimité de la personne pour l’inciter à réfléchir au plus profond d’elle-même. Elle raconte qu’elle a beaucoup pleuré car elle avait peur de regretter sa décision.

Dans la région Rhône-Alpes, en 2018, on comptait cinq IVG pour 1000 femmes de 15 à 17 ans selon les dernières statistiques du Ministère des Solidarités et de la Santé. Qu’une femme soit mineure ou pas, son corps lui appartient peu importe son âge. Moins de maturité ou pas ? Une IVG peut-être faite tout simplement par l’absence d’envie d’avoir un enfant. Mais à moins de 20 ans, l’entourage peut jouer un rôle plus important. On veut rester dans notre zone de confort et prendre des risques plus tard.

Luana PAULINEAU

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