Femme noire nue

La Vénus Hottentote, Joséphine Baker, des femmes d’une autre époque. Elles sont connues pour leur physique unique et leur manière de s’exprimer. Aujourd’hui notre société a évolué, l’esclavage et les « zoos humains » sont donc révolus. Pourtant, il existe toujours une différenciation de représentation de la femme dans la société. Nettement plus quand elle est noire.

Les représentations des corps des femmes africaines dans l’histoire se résument à la lasciveté et l’exubérance de leurs corps. Nous l’avons vécu à la puberté, quand nos seins étaient douloureux et dépassaient maladroitement, quand nos hanches ont commencé à être définies à travers nos vêtements, quand les garçons ont assimilé notre valeur à nos tailles de soutien-gorge ou de hanche. Malheureusement, certains d’entre nous ont fait l’expérience de la sexualisation avant même la puberté . Quand même protégés par le voile de l’innocence, les hommes nous percevaient à plusieurs reprises comme des objets de désir sexuel. Juliana, étudiante en commerce de 21 ans, se considère comme afroféministe. Grâce au réseau social Twitter elle n’hésite pas à s’exprimer sur les sujets qui la concerne. En l’occurrence la femme noire. Elle témoigne.

Pendant l’esclavage, les femmes mises en esclavage étaient sous la propriété de leur maître. Ils ont fait de leur corps une propriété privée et ont imposé pendant des siècles leur sexualité en utilisant ces femmes pour leur propre plaisir. Le peu de vêtements portés par les femmes africaines lors de la traite transatlantique a conduit aux fantasmes de ces hommes envers eux. Les danses tribales ainsi que les coutumes traditionnelles comme la polygamie ont poussé les Européens à penser que les femmes étaient forcément obscènes ou sexuellement ouvertes. « Le fait qu’il y ait la naissance d’enfants métis lors de cette période montre qu’il y avait des rapports sexuels consentis et non-consentis entre le maître et son esclave« , nous raconte la sociologue Stéphanie Mélyon-Reinette. C’est une sociologue américaniste et chercheuse engagée. Elle veut changer les mentalités sur l’histoire et la mémoire de l’esclavage entre autres.

« C’est à partir de l’esclavage que tout un imaginaire s’est construit. »

Stéphanie Mélyon-Reinette

Des femmes analysées et disséquées

Saartjie Baartman surnommée la Vénus Hottentote était une femme sud-africaine. En avril 1810, elle quitte son pays pour l’Europe pleine d’espoir. Elle se retrouve en Angleterre puis au Pays-Bas où elle participe à des spectacles dans lequel elle doit exhiber son corps. L’idée est simple : Saartjie Baartman doit passer pour une sauvage et ne doit pas prononcer un mot. Alors qu’elle parle couramment le néerlandais. Fesses et lèvres intimes protubérantes, poitrine énorme qu’on peut voir à travers sa tenue. Elle joue la bête de foire pour quelques sous. Les spectateurs sont même invités à lui toucher les fesses en l’appelant « fat bum » (gros cul).

Une femme humiliée et déshumanisée

Au bout de deux ans, le spectacle devient érotique, voire sexuel. Par exemple, quand on lui demande d’exposer son tablier hottentot, ses lèvres intimes et son clitoris « hors-normes ». Le tablier hottentot est une déformation volontaire du sexe féminin pratiquée sur les jeunes filles dès les premières règles dans certaines ethnies africaines. En particulier, ces deux membranes hyper-développées devaient pouvoir envelopper le gland de l’homme, afin de lui donner un maximum de plaisir. Certaines personnes sont prêtes à coucher avec elle pour « tester » la Vénus hottentote. En somme elle commence alors à se prostituer. Elle sera exploitée et humiliée jusqu’à la fin de sa vie et mourra d’une pneumonie en 1815, à vingt-six ans.

À sa mort, sa dépouille sera disséquée en morceaux. Entièrement. Les lèvres, le clitoris, le vagin, la raie et même les fesses pour en faire un moulage complet. Des médecins vont découper les parties qui les intéressent pour les mettre dans du formol, à savoir le cerveau, l’anus et l’appareil génital. Pour ensuite reconstruire son squelette de la tête aux pieds. Le tout est exposé à coté du moulage au muséum d’histoire naturelle de Paris jusqu’en 1974. Nelson Mandela demandera à la France la restitution de la dépouille, les restes dans le formol et le moulage. Il faut attendre le 2 mai 2002 pour que la Vénus Hottentote soit rendue à sa terre natale, où elle connaitra un vrai rite funéraire.

Des stéréotypes liés aux médias

Etant donné que les grands médias perpétuent cette obsession pour la forme noire et féminine avec des vidéos de musique aux films en passant par les images de célébrités. Au détriment de les reconnaître comme des êtres humains avec un cerveau, un coeur et une opinion. En dépit d’être la communauté la moins réunie sur les applications de rencontres, les femmes noires sont largement désirées sur la base de stéréotypes sexuels archaïques et offensants. C’est une forme de racisme sexuel, et il faut que cela cesse.

La fétichisation signifie créer un lien obsédant et sexuel fondé sur une caractéristique ou un élément particulier. Le fétichisme racial est un lien fondé sur la race ou le groupe ethnique de la personne. Peut-être connaissez-vous ces fameux stéréotypes : les femmes noires sont « sauvages » au lit, dominatrices de façon agressive sur le plan sexuel, toujours prêtes à le faire. Ce sont des croyances qui découlent de longs stéréotypes.

La preuve se trouve dans la mort de nombreuses personnes durant l’esclavage où les violences sexuelles et reproductives les ont privé de contrôle sur une grande partie de leur sexualité. Les esclavagistes ont utilisé leur propre croyance sur la déviance sexuelle et la sous-humanité des noires pour justifier et rationaliser leur brutalité. Toutefois ces idéologies sont antérieures à la traite transatlantique des esclaves et elles ont traîné pendant des siècles après. Elles continuent à se manifester dans la façon dont la sexualité noire est perçue dans la société contemporaine.

Les films et séries représentent-ils mieux la femme noire ?

En outre la sociologue Stéphanie Mélyon-Reinette explique que « les médias ont plus que jamais cette influence sur les représentations qu’on a… que ce soit dans les publicités, les étiquettes sur les produits ménagers et que ce soit les séries. »

How To Get Away With Murder est un bon exemple. Dans cette série le rôle principal est tenu par une femme noire. Cependant elle est toujours aussi sexualisée explique la sociologue.

Une évolution en marche.

Aujourd’hui, on ne peut pas encore parler de changement. On remarque qu’il y a des évolutions avec une plateforme comme Netflix. En effet elle inclut des personnages issus des minorités à des rôles qu’on a l’habitude donner à une majorité blanche. Il y a aussi les réseaux sociaux comme Twitter qui permettent de lancer des révolutions à petites échelles. Prenons le cas du hashtag #fuckyourfetish pour que les femmes ne soient plus réduites à des stéréotypes sur leur sexualité liés à leurs origines. Il a permis à des milliers de femmes de s’exprimer sur le sujet de la sexualisation de leurs corps.

Pour conclure la sociologue Stéphanie Mélyon-Reinette nous explique que les stéréotypes sont encore beaucoup trop ancrés pour que cela change. Le racisme ordinaire ambiant ne va surement pas arranger la position de la femme noire dans notre société

Luana PAULINEAU

Laisser un commentaire