« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». La poitrine, symbole de fécondité, pouvoir de la femme sur la vie, est source de conflits et de convoitises dans toutes les sociétés. Comment les femmes vivent-elles les complexes liés à l’hypersexualisation de leurs seins ?

Mis en avant ou cachés, les seins sont l’objet constant de commentaires et de convoitises. Pour les hommes, c’est la première zone de fantasme chez la femme. Trop petits, trop gros, pas assez ronds, pas assez fermes, dans un sondage du quotidien britannique Daily Mirror, 30% de leurs lectrices ont indiqué détester leur poitrine. Chloé, 35 ans, témoigne : « J’ai ressenti de la gêne, vis-à-vis de ma poitrine, de quinze à 24 ans. Pas à cause de sa forme, mais parce que je la trouvais trop grosse par rapport à l’ensemble de mon corps. C’était une question d’équilibre. Et comme je ne voulais pas avoir à réagir au regard des gens, je ne portais pas certains vêtements. »

Du côté d’Aurélie, 31 ans, chargée d’études, si sa poitrine était différente, elle serait mieux. « Je trouve qu’elle ne tient pas sans soutiens-gorge. Après, l’avis des autres m’importe peu, mais les hommes regardent beaucoup trop souvent nos seins. »

On devrait pouvoir se balader nue dans la rue sans qu’il ne se passe rien.

Aurélie

Pour Chloé, les seins sont beaucoup trop sexualisés. À la télévision, dans la publicité, dans la mode, partout ils sont mis en scène et utilisés dans un rapport à la sexualité. Et c’est ce qui amène à vouloir coder un type de beauté.

Éducation par les représentations

Le corps est un tout. Une personne est sensuelle avec ou sans poitrine.

Chloé

Si ni Chloé ni Aurélie n’ont eu de blocages dans leurs relations sexuelles et sentimentales à cause de leur poitrine, c’est, selon elles, parce que le sujet de la sexualité a été abordé de manière sereine par leur mère. « Les mères sont les premières à reproduire les normes de la société, à les véhiculer à leurs enfants. Il faut arrêter de sexualiser les enfants lorsqu’ils se forment. Je vois beaucoup de parents attendre le moment où leur fille va avoir ses règles et de la poitrine, comme une étape obligatoire, estime Chloé. Qu’est-ce qu’on dit alors à une fille dont la poitrine se forme peu ? Qu’elle ne sera pas une « vraie » femme ? » Ainsi, Chloé pense qu’il est très important de montrer les différentes formes de poitrine qui existent.

Le soutien-gorge entre libération et contrainte

Le soutien-gorge était présenté comme une avancée moderne pour la femme, objet essentiel dans la libération du corset. Sauf qu’il est utilisé comme fer de lance de l’hypersexualisation. Effet push-up, pigeonnant, rembourré, c’est l’objet indispensable pour que les seins correspondent aux critères de la belle poitrine, c’est-à-dire un volume conséquent mais pas trop important, une forme ronde dite en pomme et une poitrine qui se tient haut. C’est pourquoi Chloé comme Aurélie se plaignent des modèles proposés. « Il faut trouver la bonne boutique, explique Aurélie. Moi avec ma forme de poitrine écartée, je suis obligée de prendre un bonnet au-dessus de ma taille car sinon les coques sont trop rapprochées et les baleines me font mal ». Aurélie poursuit : « Je n’ai rien contre le soutien-gorge et les modèles en dentelle ou autre. Avec mon amoureux, ça nous fait entrer dans un jeu, pour se plaire. Mais le soutien-gorge devrait être un choix, pas une obligation sociale. Moi, régulièrement, je ne porte pas de soutien-gorge. »

Sophie REPOUX

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