don du sang homme

Dès le début du mois d’avril, les hommes homosexuels pourront donner leur sang après quatre mois d’abstinence. Une condition au don qui n’est pas la même chez les hétérosexuels. Ces derniers ne doivent pas avoir eu plus d’un partenaire au cours de cette même période. Mais alors pourquoi une telle différence ? Les explications.

Le changement devait s’effectuer il y a six jours, il aura finalement lieu le 2 avril prochain. À cette date, les hommes homosexuels (1) pourront donner leur sang après quatre mois d’abstinence, contre un an actuellement. Une avancée vous diriez peut-être ? Oui, si l’on compare la future situation à celle d’avant 2016, lorsque les bisexuels et homosexuels ne pouvaient tout simplement pas donner leur sang. Mais vous nous direz aussi, pourquoi les homosexuels ne sont-ils pas soumis aux mêmes conditions de don que les hétérosexuels ? Ces derniers peuvent être donneurs s’ils n’ont pas eu plus d’un partenaire sexuel au cours des quatre derniers mois.

60 fois plus de séropositifs au VIH chez les hommes homosexuels

L’instauration du délai d’abstinence d’un an pour donner son sang était la condition fixée par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, en 2016. Un délai au terme duquel « nous sommes certains, d’après les éléments scientifiques dont nous disposons actuellement, que le niveau de risques est identique entre homosexuels et hétérosexuels », expliquait-elle.

L’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang entre 1983 et 2016 était liée, entre autres, au nombre de personnes contaminées par le VIH. Il était 65 fois plus élevé chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. Un fait toujours d’actualité, selon une médecin de l’Établissement français du sang (EFS) que nous avons contacté. Elle précise : « Il fallait le temps aux épidémiologistes qui travaillent sur la virologie du VIH pour connaître la bonne période de fenêtre silencieuse [période pendant laquelle on ne peut pas dépister des infections récentes]. Pour ne pas prendre de risque, ils l’ont estimé à un an au départ. »

Selon la direction générale de la santé, la surveillance épidémiologique des donneurs de sang a notamment « montré que l’ouverture du don du sang aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes n’avait pas eu d’impact sur le risque résiduel de transmission du VIH par les produits sanguins, déjà très faible ».

« Encore une fois les homos sont mis dans une case »

« Discrimination », « hypocrisie », beaucoup sont ceux qui ne comprennent pas les différentes conditions auxquelles sont soumis les donneurs. En juin dernier, plusieurs associations de défense des droits homosexuels ont porté plainte contre la France devant la Commission européenne pour discrimination. Elles espèrent que cette distinction fondée sur le comportement sexuel des donneurs soit reconnue comme une discrimination illégale en raison de l’orientation sexuelle.

« Les hétéros ont le droit d’avoir quelqu’un parce que c’est forcément quelqu’un qui sera clean. Mais dans notre cas, nous sommes vus comme des « sales » donc il faut qu’on soit abstinent. »

Benoît, jeune homme homosexuel

Parmi ceux qui défendent cette opinion, il y a Benoît, un jeune homme homosexuel de 20 ans. Il aimerait donner son sang dans le cas où les conditions seraient les mêmes pour tous. Il en fait le « boycott » aujourd’hui : « Je vois pas ce qui change entre le fait d’être hétéro ou homo. Oui, les relations anales augmentent les risques de transmission du VIH à cause de tout ce qui est fissures etc. Mais les homos ne sont pas les seuls à avoir ce genre de relations. Et puis dans tous les cas, s’il y a un problème, les tests permettent de s’en rendre compte. »

Même si la période d’abstinence est abaissée, Benoît ne donnera pas son sang. Il estime qu’« encore une fois, les homos sont mis dans une case ». Et d’ajouter : « Les hétéros ont le droit d’avoir quelqu’un parce que c’est forcément quelqu’un qui sera clean. Mais dans notre cas, nous sommes vus comme des « sales » donc il faut qu’on soit abstinent. » Benoît avoue aussi trouver le questionnaire « hyper rabaissant », une sorte de « test de pureté ».

L’alignement des conditions au don à « l’horizon 2022 »

Benoît devrait en tout cas pouvoir donner son sang d’ici quelques années. La réduction de cette période d’abstinence est en effet présentée comme une « première étape » vers une égalité des conditions du don pour les hommes homosexuels et les hétérosexuels. À l’horizon 2022, la « disparition de la référence à l’orientation sexuelle au profit de la recherche d’un comportement individuel à risque » devrait être envisagée. Le but de cette abaissement de la durée d’abstinence pour les hommes homosexuels devrait permettre de s’assurer que le risque de contamination lors des transfusions n’augmente pas.

(1) Nous parlons tout au long de cet article des hommes homosexuels. Comme nous l’a expliqué la médecin de l’Établissement français du sang (EFS), « chez les femmes homosexuelles, l’incidence du VIH est tellement faible qu’on ne tient pas compte de leurs pratiques sexuelles ».

Prescillia BOISSEAU

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