Dans la bande dessinée française, la sexualité est peu présente. Ce sont généralement des BD avec des scènes prétextes qui servent à pimenter le récit ou des planches à visée pornographique. Rares encore sont les récits autour de la sexualité. Rencontre avec Zac Deloupy et son livre Pour la peau.

Un grand immeuble ancien du centre-ville de Saint-Étienne, une cour paisible et une radio installée au rez-de-chaussée. C’est là que travaille Zac Deloupy, dessinateur et éditeur. C’est aussi le cadre de départ de son histoire Pour la peau. Il s’agit de l’histoire de Mathilde et Gabriel et de leur relation amoureuse basée sur des rapports sexuels. Leur relation est aussi adultérine puisque tous les deux sont mariés à côté. Fellation, pénétration… Les premières planches donnent le ton : « Je montre les corps de manière frontale, mais je ne voulais pas être dans une démarche masturbatoire. Le sexe est au cœur du récit mais il s’agit aussi de montrer les conséquences morales et intellectuelles de cette relation pour les protagonistes. La situation n’est pas statique, elle évolue comme c’est toujours le cas dans notre quotidien. »

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Une vision masculine et féminine

Le récit est construit autour d’un ping-pong entre la vision de Mathilde et celle de Gabriel. Les moments narrés par Gabriel sont dessinés au stylo à bille avec quatre couleurs et ceux par Mathilde au pinceau et encre de Chine, complétés par deux aplats différents de couleur rose. Pour avoir un éclairage féminin et faire parler Mathilde, Zac Deloupy a travaillé avec une femme, Sandrine Saint-Marc : « Je ne voulais pas qu’il y ait uniquement un cadrage masculin. À Sandrine, je lui ai dit qu’elle pouvait proposer ce qu’elle voulait dans le scénario. Et le récit a dévié de ma première trame. On peut tout à fait raconter l’histoire d’un homme et d’une femme sans aucune caricature et avec différents points de vue. Je ne veux pas prendre les gens pour des benêts ou des naïfs. Ils ont leurs propres expériences. »

Entre fantasmes et frustrations

Zac Deloupy estime qu’il y a un problème dans la représentation de la femme et de sa sexualité : « J’ai dû changer l’illustration de couverture. En effet, sur le dessin que j’avais choisi, on voyait une partie du pénis en érection de mon personnage, Gabriel. Dans l’image qui remplace cela, on voit une partie du sein de Mathilde. Et là, ça ne pose pas de problème. » Dans son récit, Zac Deloupy avait à cœur de supprimer les différences de jugements entre son personnage féminin et son personnage masculin : « Dans le porno, la femme sert souvent de défouloir. Je suis vraiment contre ça. L’intimité n’a pas besoin d’être dégradée. »

La sexualité mal vue

Zac Deloupy explique que ce n’est pas facile de sortir des BD sur la sexualité : « Il faut comprendre que la bande dessinée est surtout adressée aux enfants. Et dans notre société, on est plus souvent choqué par une scène avec du sexe que par une tête coupée ou quelqu’un qui prend une balle. Par ailleurs, si depuis les années 1990, il y a un développement important des BD pour les adultes avec des récits mais il reste beaucoup d’obstacles pour l’éditer. Techniquement, c’est compliqué de sortir une BD érotique. C’est soit stigmatisé soit caché. Moi, par exemple, je ne voulais pas de blister car c’est important que les lecteurs puissent feuilleter le livre. Et je ne voulais pas non plus de macaron « livre pour adultes » sur mes BD. »

Zac Deloupy, de son côté, ne fait aucune différence entre Pour la peau et ses autres BD même si le sujet est forcément particulier. Et puis son souhait a été exaucé : son histoire n’attire pas plus d’hommes que de femmes. Au contraire ! Lors de la Foire aux livres à Besançon, son public était plus féminin que masculin.

Si vous cherchez d’autres livres, n’hésitez pas à entrer dans les librairies. Dans la veine des BD qui parlent de la sexualité, vous pouvez trouver par exemple Histoires inavouables de Jérôme d’Aviau et Ovidie, 3615 Alexia de Frédéric Boilet, Fraise et chocolat d’Aurélia Aurita ou encore Le vrai sexe de la vraie vie de la dessinatrice Cy.

Sophie REPOUX

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